Pénurie de main-d'œuvre au mali - une épine au pied des entreprises minières chinoises
Le projet d'exploitation du lithium dans la région cotonnière de Bougouni au Mali, où je me rends depuis plus de dix ans comme entrepreneur en agroécologie, est un renouveau dans le secteur minier censé réduire le chômage des jeunes et la pauvreté en milieu rural, et qui a suscité l'engouement des communautés rurales et beaucoup d'espoir. Toutefois, le projet n'a pas répondu à leur attente c'est-à-dire l'engagement des « enfants du terroir » dans les travaux miniers par les entreprises chinoises. L'article attire le lecteur sur ce qui se joue en profondeur.
Le Mali s'est positionné parmi les premiers producteurs de lithium du continent avec la mise en valeur de deux mines dans un contexte marqué par la demande mondiale croissante de métaux destinés aux batteries électriques. La mine de Goulamina exploitée par la société chinoise Ganfeng Lithium depuis décembre 2024 et celle de Bougouni plus précisément en commune rurale de Kola, opérée par l'entreprise britannique Kodals Minerals.
Au plan social, le projet est une possibilité d'offir un travail aux jeunes ruraux diplômés de la commune de Kola, les sociétés devant recruter dans la localité. Cependant, l'absence de travailleurs qualifiés a rendu le recrutement parfois impossible frustrant l'espérance des communautés rurales.
La pénurie de main-d'œuvre, pourquoi ?
Au Mali, les diplômés étudient pour des emplois qui n'existent presque pas sur le marché. Les systèmes scolaires forment de façon générale les jeunes pour la fonction publique. Les amphithéâtres sont remplis d'étudiants qui apprennent les mêmes cours. Pourtant le marché du travail a subi un veritable changement, les entreprises cherchant des compétences. Quand les jeunes quittent les universités publiques avec leurs diplômes, ils découvrent que le marché de l'emploi a besoin de savoir-faire que de diplôme. Pendant que des pays apprennent l'intelligence artificielle, la cyber sécurité, le design numérique, l'automisation ; les universités publiques au Mali débattent de programmes anciens. Beaucoup de diplômés arrivent en entreprise sans expérience, sans compétence pratique parfois sans savoir utiliser les outils demandés pour le poste. En outre, les politiques ont fait croire parfois que certains métiers valent mieux que d'autres, alors des jeunes d'origine rurale ont abandonné les métiers techniques, l'agricuture moderne, l'industrie, la maintenance, les métiers manuels spécialisés. Tout le monde voulant le bureau et très peu voulant entreprendre. Le résultat est que le pays est bourré d'universitaires chômeurs et des secteurs entiers manquent de travailleurs qualifiés. Le problème n'est pas seulement le manque d'emplois mais les systèmes scolaires préparent mal aux emplois possibles.
Comment les jeunes ruraux diplômés se sont-ils tirés du chômage en commune de Kola ?
L'idée que dans la vie il faut savoir se débrouiller est des plus répandus dans les communautés rurales adeptes du fatalisme. Chacun s'arrange pour se tirer d'affaire par ses propres moyens dans l'autogare de Bougouni au centre ville en bordure de la route nationale sept. L'itinéraire de Bamako à Abidjan est celui des compagnies de transport dotées d'autobus qui desservent la région de Sikasso frontalière avec la Côte d'ivoire. Les compagnies ont employé des jeunes comme agents mandataires chargés de prospecter la clientèle et de s'occuper des passagers en transit. L'autogare est aussi le lieu des taxi-moto ou « Télimani » en langue locale Bambara, ces diplômés chômeurs déguisés en chauffeurs de moto qui assurent le transport à l'intérieur de la ville.
Pourquoi ne prepare t-on pas les jeunes ruraux pour des emplois miniers ?
Les créations d'emplois actuellement sont si peu nombreuses en milieu rural, mais elles se concentrent dans les villes contre tout intérêt de la population à majorité rurale. Vu que l'industrie minière est en plein essor alors les métiers dans le secteur minier seraient capables de mettre le plus grand nombre de personnes au travail. Face au chômage problème politique numero un de notre temps et cause de l'exode rural, la solution impose de réfléchir à la formation professionnelle des jeunes sur place en vue d'apprendre un métier dans les mines. Au lieu d'importer des ouvriers, une formation collective par les entreprises chinoises couvrant une courte période aurait été susceptible d'occuper une centaine de jeunes au bas mot dans la commune rurale de Kola. Il est vrai que la mairie de Kola devra jouer un grand rôle dans la coopération avec les entreprises minières pour atteindre ce but.

Le Mali a délivré à Kodal minerals une licence d'exportation de lithium du projet Bougouni ouvrant les premiers envois vers la Chine. Source ApaNews 7 septembre 2025
Les fruits d'une réforme minière agressive. Source Agence EcoFin 14 juin 2026
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