22 Nov 2025

Interviw de Pauline Di Nicolantonio, présidente de l'Association Justice pour les Animaux de Savoie (AJAS)

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Pauline di Nicolantonio

1- Pouvez-vous nous présenter brièvement l’AJAS ?
 
Quelles sont vos principales missions et les causes qui vous tiennent le plus à cœur ?
Alors par rapport à la présentation de la JAS et à ses missions. Donc en fait la JAS est une association de protection animale Savoyade qui a été créée en 2014. C'est par moi qui en était la présidente, il y a eu trois présidentes successives et c'est une association antispéciste et pacifique, c'est un peu notre crédit. 
 
Donc nous on est basé à Chambéry en Savoie et l'idée en fait c'est d'essayer de faire reculer maximum la souprense animale et d'éveiller un petit peu les consciences sur notre rapport aux animaux. Donc on essaye d'agir un peu sur tout type de maltraitance et de souffrance animale, que ce soit les animaux qui sont destinés à des fins de consommation alimentaire. 
 
Donc on est une association antispéciste donc pour la fin des pires pratiques d'élevage et pour une végétalisation de l'alimentation et des pratiques agricoles ou que ce soit des animaux qui ont été exploités pour des fins de divertissement, les cirques, les combats de vaches ou alors les animaux qui sont abandonnés, les animaux de compagnie, etc. 
 
Donc ce qu'on essaye de faire parce qu'on est assez pragmatique et qu'on sait qu'on est une association malgré tout locale, c'est qu'on essaye de faire en sorte puisque la souprense animale est un peu partout, d'être le plus efficace possible et donc d'agir sur des problématiques soit très locales où on a des interlocuteurs locaux. 
 
Par exemple les cantines, on a de l'impact sur Chambéry, sur les communes Savoyard pour leur demander d'être plus de végétales dans les assiettes parce qu'on est légitime, on est du territoire ou alors sur des causes nationales mais où en tant qu'acteur locaux on a un impact. 
 
C'est par exemple le cas sur la chasse à la marmotte. On sait qu'au niveau de la chasse on est évidemment contre tout type de chasse mais on n'arrivera pas à faire interdire la chasse aux sangliers. Par contre sur des chasses qui sont assez locales, c'est le cas par exemple de la chasse à la marmotte, peut-être qu'on pourrait avoir de l'impact. 
 
Nous c'est un petit peu une porte d'entrée, c'est-à-dire que notre objectif effectivement c'est d'interdire la chasse à la marmotte mais c'est aussi une porte d'entrée qu'on sensibilise pour essayer d'indiquer aux gens qu'on est contre tout type de chasse, pourquoi on sera opposé à la chasse à la marmotte et pas aux autres à la chasse au renard, à la chasse aux sangliers, etc. 
 
Donc voilà à peu près pour la présentation de l'association.
 
2- Ces dernières années, les affaires de maltraitance animale se multiplient en France.
Selon vous, les lois actuelles sont-elles suffisantes pour protéger les animaux, ou faut-il une réforme plus ambitieuse ?
 
Alors très clairement, nous, les lois actuelles ne vont pas suffisamment loin. Ne serait-ce que pour, par exemple, les animaux de compagnie. Là, on a encore manifesté samedi dernier, donc le 8 novembre, contre un salon du chiot qui se tenait à Chambéry. 
 
La plupart des ventes étaient illégales, c'est-à-dire que les vendeurs vendaient en antidatant le certificat d'engagement, qui pourtant est obligatoire depuis 2021, et la loi contre la maltraitance animale, pour éviter les achats coups de cœur et qui se terminent en abandon. 
 
Et on voit qu'aujourd'hui, ces salons ont encore pignon sur rue. Là, c'était organisé dans un équipement intercommunal, donc avec le blanc sein de la communauté commune de Grand Chambéry. Et donc nous, très clairement, déjà, les lois actuelles ne sont pas suffisamment appliquées. 
 
Sinon, il y aurait énormément de pratiques en élevage, notamment par exemple en élevage de porcs, qui seraient interdites, comme la coupe de la queue ou la cassera sur le vif. Alors, on voit que c'est encore pratiqué aujourd'hui assez majoritairement. 
 
Mais en plus, elles sont complètement insuffisantes. Je prends l'exemple du Omar. On a aujourd'hui aussi une campagne pour demander aux consommateurs de ne pas acheter de Omar vivant et au supermarché de ne pas en commercialiser. 
 
Mais aujourd'hui, c'est tout à fait autorisé de vendre des Omar vivants, qui sont venus par avion des États-Unis, qui ont été péchés et stockés pendant des mois et des mois, ligotés affamées, qu'on retrouve dans les supermarchés, qui vont être trimballés dans des sacs plastiques hors de l'eau pour aller jusqu'à chez le consommateur, qui va les ébouillanter vivant, les décapiter, les éventrer, tout ça en pleine conscience. 
 
En fait, tout ça, c'est absolument autorisé. Donc non, les lois actuelles ne protègent pas suffisamment les animaux. Il faudrait non seulement des réformes plus ambitieuses, mais aussi qu'ils tiennent en compte tout type de pratique. 
 
C'est inadmissible que la corrida, aujourd'hui, existe encore, par exemple.
 
3- Beaucoup d’associations dénoncent un manque de moyens pour faire appliquer la loi.
Comment l’AJAS fit-elle face à ces difficultés au niveau local ?
 
Oui, complètement. Je pense que le manque de moyens est assez criant. Nous, pour l’AJAS, par exemple, on est 100% bénévole. On n'a aucune subvention publique. On n'a aucune aide. Et là, je parle d'une association qui a effectivement à dix ans d'existence, qui réussit à gagner quand même certains combats. 
 
On a réussi à faire interdire la présence de Rennes, qui tirait le traîneau du Père Noël à Monton-San Bernard. On a réussi à faire interdire les tours à Ponnais pendant le marché de Noël de Chambéry. 
 
On a réussi à faire interdire le lapinodrome de Valois, etc. Mais, par contre, on est une association assez militante, et donc on ne peut prétendre aucune subvention publique. Puisque, souvent, les mairies, on les contacts pour dire qu'elles agissent mal par rapport à la condition animale. 
 
Et donc, forcément, elles ne vont pas nous donner d'argent. Mais même quand elles en donnent ce par rapport au refuge, pour le type SPA, c'est insuffisant. On voit aujourd'hui que les refuges, ils manquent cruellement de moyens pour faire des travaux, des aménagements, pour mieux prendre en charge des animaux. 
 
Donc, non, aujourd'hui, il n'y a pas assez d'argent. Et en plus, ces associations se substituent un petit peu à l'État. Et finalement, on a un service public. Et donc, elles devraient être plus dotées, puisque, en fait, on leur délègue quelque part ce que la puissance publique ne fait pas.
 
4- La Savoie est un territoire où la chasse et l’élevage sont très présents. Comment parvenez-vous à dialoguer avec ces milieux souvent hostiles aux associations animalistes ?
 
Nous on ne parle rien pas à dialoguer, ni avec les chasseurs, ni avec les éleveurs. Tout simplement, on ne cherche pas trop pour être honnête à le faire, puisqu’expliquer à un chasseur qu'il faut qu'il arrête de chasser, on comprend qu'en fait c'est une impasse. 
 
Aujourd'hui c'est vrai que nous on est une association qui a une certaine radicalité dans le sens où tout ce qu'on fait est pacifique, c'est tout à fait légal. Mais on demande l'abolition de certaines pratiques comme par exemple la chasse. 
 
Et donc c'est comme si vous me demandez, moi j'adore la course à pied, si vous me demandez d'arrêter de courir, je ne vais pas l'entendre en fait, et ben c'est un peu pareil pour les chasseurs. Et donc nous, nos interlocuteurs, c'est le grand public, c'est la puissance publique pour faire interdire ces pratiques cruelles. 
 
Et nous au niveau des chasseurs, on ne dialogue pas forcément avec eux et ils d'aiment pour les éleveurs puisque nous on est contre les projets d'agrandissement d'élevage intensif contre certaines pratiques. 
 
Et donc en fait effectivement un éleveur qui dépose un dossier à la préfecture pour agrandir son élevage, en fait lui il veut agrandir son élevage, que ce soit pour des raisons financières, que ce soit par conviction ou autre. 
 
Et nous en fait notre dialogue c'est de passer par les interlocuteurs institutionnels, voire éventuellement de porter plainte devant la justice pour que ce type d'élevage ne se fasse pas. Donc non il n'y a pas de dialogue et en soi on n'est pas fermé au dialogue évidemment mais on a eu l'occasion des fois d'échanger mais c'est cordial mais ça n'est pas productif dans le sens où effectivement nos points de vue sont beaucoup trop opposés à l'heure actuelle.
 
En revanche, ce qui est intéressant dans le sens de votre question, c'est, par contre, on essaie de dialoguer avec les politiques, avec les responsables de supermarchés ou autres qui, eux, cautionnent quelque part ces pratiques en ne les interdisant pas, en s'approvisionnant dans des élevages intensifs, etc.
 
Et là, où c'est intéressant, c'est qu'effectivement, de temps en temps, on a des bons échos ou des bons dialogues. Mais la plupart du temps, les politiques se referment sur eux-mêmes, sur les traditions, sur le fait qu'on a toujours fait comme ça, sur le fait qu'on ait des marginaux, qu'on ait une association trop radicale ou autre, alors qu'encore une fois, tout ce qu'on fait légal, on fait des pétitions et des manifestations, il n'y a rien de dramatique là-dedans. C'est juste que ce qui les choque, en fait, c'est que l'opinion soit de plus en plus souvent avec nous et de nos côtés. Et donc, ça les gêne un petit peu d'un point de vue électoraliste.
 
Mais effectivement, on a des difficultés, souvent, à dialoguer avec nos partenaires, entre guillemets, politiques, puisqu'en fait, ils campent sur leur position. Mais nous, notre démarche, c'est bien à chaque fois d'essayer de dialoguer, d'écrire des courriers, de demander des rendez-vous.
 
Et effectivement, derrière ça, il y a toujours de l'élevage intensif dans les cantines, il y a toujours des prôneurs sur le marché de Noël, il y a toujours des cirques à animaux. Eh bien, si par le dialogue, ça n'est pas été suffisant, on va essayer d’alerter le grand public, les médias, de lancer des pétitions, de faire des postes sur les réseaux sociaux, de faire des manifs pour essayer, du coup, de convaincre les politiques qui n'ont pas été convaincus par notre rendez-vous ou par notre courrier. 
 
5- Certains estiment que la défense animale est parfois trop “radicale”. Comment répondez-vous à ceux qui vous qualifient d’extrémistes ou d’utopistes ?
 
Oui, on nous accuse tout le temps d'être radicaux mais en fait c'est parce que depuis tout petit on a appris qu'il fallait manger des animaux, à l'école on allait faire la balade scolaire d'en voir un zoo, nos parents nous ont emmené au cirque, il y a eu des interventions des chasseurs dans les écoles donc on trouve que la chasse c'est normal, on a vu des films où il pouvait y avoir des animaux sauvages sans se rendre compte qu'en fait les animaux sauvages qui sont présents dans les films la plupart, ils ont été enfermés dans des cages où ils sont tous leurs vies en captivité alors que c'est des animaux sauvages et que ça répond pas à leurs besoins.
 
Donc en fait c'est des choses qui sont intériorisées depuis tout petit et du coup ouvrir les yeux, faire ce cheminement, dénoncer tout ça.
 
Finalement c'est dénoncer un petit peu notre façon d'être, ce que nos parents nous ont appris, ce que l'école nous a appris et donc c'est pour ça je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui trouvent qu'on est radicales parce qu'on s'oppose en fait à ce qu'on a toujours appris depuis tout petit.
 
Mais au final il n'y a rien de radical à vouloir cohabiter pacifiquement avec les animaux, à pas leur vouloir les tuer, à pas vouloir les faire souffrir donc non la radicalité, nous on réfute ce terme parce qu'en fait peut-être que notre discours est radical dans le sens qu'il n'y a pas de compromis pour nous à la maltraitance animale.
 
Mais par contre évidemment on peut dialoguer, évidemment on est conscient que c'est difficile de faire ce cheminement vers si nos parents ils nous emmenaient au cirque demain si je dis que les cirques c'est de la maltraitance animale c'est quelque part un peu un affront à notre éducation.
 
Et donc oui c'est qu'il y a une part de remise en cause qui est assez difficile peut-être à vivre et on l'a tous vécu notamment tous ceux qui ont fait ce cheminement-là.
 
Ce n’est pas pour ça qu'on se détache de nos proches, de nos parents, de nos instituteurs, ça n'a aucun rapport en fait donc voilà c'est un peu qu'on fume en tout cas nous on réfute ce terme d'extrémiste on va dire et nous si on revendique une certaine radicalité dans notre discours c'est uniquement pour dire qu'il y a certains compromis qui ne sont pas acceptables c'est la seule chose.
 
Mais en tout cas nous on est vraiment pacifique non violent et on veut une société plus apaisée et pas une société radicalisée.
 
6- Le changement climatique affecte aussi les animaux sauvages. Quelles actions menez-vous pour sensibiliser le public à cette dimension écologique ?
 
Alors très peu, on a eu fait parfois quelques nettoyages de la nature ou autre, mais sinon on est peu sur la dimension environnementale, bien qu'elle soit très importante effectivement pour les animaux sauvages, mais aussi les animaux domestiques, voilà.
 
Mais nous c'est vrai qu'on constate qu'il y a quand même beaucoup d'associations de protection de l'environnement et peu d'associations de protection animale en tout cas moins, et donc on est complémentaires avec eux, c'est à dire qu'on va pouvoir faire des actions avec des ONG de protection de l'environnement, mais nous on a une approche vraiment centrée sur l'individu. 
 
C'est à dire que nous, pour nous, le critère de choix c'est la souffrance et en fait on voudrait que les animaux arrêtent de souffrir, or une plante par exemple ne souffre pas.
 
Donc on ne va pas défendre la plante en tant que telle puisqu’elle ne souffre pas, on ne va pas défendre un arbre en tant que telle parce qu'elle ne souffre pas, en revanche la plante elle est utile pour les animaux sauvages, l'arbre utile pour les animaux sauvages.
 
Donc c'est en ça qu'on va les défendre, mais on va pas défendre l'arbre en tant que telle, et pareil pour lutter contre le réchauffement climatique, on le défend, enfin on lutte contre parce que ça impacte et ça fait souffrir les animaux humains, les animaux non humains, et donc c'est pour ça qu'on lutte contre ça, par contre c'est un combat qui est tellement énorme et conséquent et qu'il y a un vrai combat en tant que telle que nous on préfère déléguer ça aux assauts environnementaux et se concentrer sur la question animale.
 


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