27 Dec 2025
Richard Loyen
Richard Loyen délégué général d’ENERPLAN depuis 1999, où il est en charge des territoires et de la chaleur solaire. Acteur engagé de la filière solaire, il est également fondateur de Qualit’EnR et président de l’association Les Festins Photoniques. Citoyen engagé, il œuvre activement pour la transition énergétique en France.
1. Union européenne et Gouvernement français mettent-ils réellement en place des conditions favorables pour accélérer le développement du solaire photovoltaïque, notamment via les subventions et les mécanismes de soutien actuels ?
L’Union européenne s’est dotée de plusieurs objectifs (part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique, solarisation obligatoire des toitures neuves et rénovées, renaissance de l’industrie photovoltaïque, …). Les Etats membres, dont la France, doivent transposer ces objectifs réglementaires et prendre les dispositions pour les atteindre dans le respect des règles d’encadrement des aides publiques.
2. Quels sont les véritables freins — réglementaires, techniques ou patrimoniaux — à une intégration plus rapide du solaire dans les bâtiments protégés en France et en Europe ?
La part de bâtiments protégés au titre patrimonial est relativement infime par rapport à l’ensemble du parc bâti en Europe comme en France. Mais en France, le périmètre de 500 mètres autour d’un bâtiment historique se révèle souvent être un frein à la solarisation des bâtiments, même si ceux-ci ne sont pas eux-mêmes protégés. Toutefois, selon la covisibilité des pans de toiture, la solution technique retenue et l’intégration architecturale, il est possible de solariser au sein de ces zones via un dialogue constructif avec l’ABF. On constate ailleurs en Europe (à Londres, au Vatican…) que la solarisation de bâtiments patrimoniaux est possible.
3. Le dispositif français de recyclage des panneaux solaires est-il aujourd’hui à la hauteur des enjeux environnementaux et de la montée en puissance du gisement de déchets photovoltaïques ?
Notons tout d’abord que l’industrie solaire a été, d’entrée, conçue du berceau à la tombe, avec un recyclage en fin de vie envisagé dès la production des cellules et modules. Ainsi, après 25 ou 30 ans de production, les panneaux photovoltaïques se transforment en gisement de matières premières pour produire de nouveaux procédés solaires. En France, la filière de recyclage est bien organisée avec l’éco-organisme Soren qui gère la montée en puissance. Les gros volumes à recycler sont devant nous, le marché du PV ayant émergé ici à compter de 2006/07. Des industriels innovent dans ce domaine, tel Rosi, pour récupérer davantage de matières afin d’alimenter l’industrie.
4. Dans quelle mesure les politiques européennes sur les microgrids / micro-réseaux, le stockage par batterie et les projets hybrides (y compris sur sites sensibles) contribuent-elles réellement à la décentralisation énergétique ?
La France a été un des premiers pays de l’UE à se doter d’un cadre réglementaire pour développer l’autoconsommation collective, qui utilise le réseau public de distribution pour partager la production locale. Le déploiement massif de compteurs intelligents (Linky) facilite ce type d’opérations, tout comme la mobilisation d’Enedis pour les accompagner en amont (phase conception) et dans la durée (phase d’exploitation). Le développement des boucles locales est ici en pleine expansion, avec un très fort potentiel.
5. Le Plan France 2030 et les politiques industrielles françaises soutiennent-ils efficacement la filière solaire nationale face aux importations à bas coût et aux besoins croissants de résilience climatique ?
L’Etat soutient les projets industriels photovoltaïques, avec deux giga-usines qui pourraient aboutir. Nous avons toutefois besoin d’un cadre européen (Net zero industry act, NZIA) qui défende clairement le « made in Europe » plutôt que d’écarter le « made in China ».
6. Enfin, selon vous, quelles priorités ou préoccupations personnelles constituent les principaux défis pour le développement du solaire et la transition énergétique dans les années à venir ?
Le coût du photovoltaïque et des batteries a considérablement baissé en une décennie. Ainsi, le couplage de ces deux technologies est devenu le plus compétitif et le plus rapidement déployable, pour produire de l’électricité décarbonée de manière pilotable. Le déploiement doit être équilibré au sein des territoires, en privilégiant une bonne intégration paysagère et en associant la population aux projets pour que ceux-ci soient bien acceptés. Il y a aussi la préoccupation d’une juste transition, qui embarque toutes et tous, y compris les plus modestes et les foyers précaires. Il y a un immense chantier à conduire avec les bailleurs sociaux, pour que l’électricité solaire produite sur site, augmente le pouvoir de vivre des locataires. Notons enfin que les heures creuses d’abondance solaire qui se mettent en place depuis le 1er novembre, vont profiter à tous les français, même à ceux qui ne sont pas équipés de panneaux.