07 Jan 2026

Interview de Michel Cranga, Expert en énergie nucléaire et échange d'énergie en France

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Michel Cranga

1. Selon vous, quel rôle l’énergie nucléaire doit-elle jouer dans la transition énergétique mondiale, notamment face aux défis du changement climatique et de l’intermittence des renouvelables ?
Celle-ci est très utile voire nécessaire   dans les pays qui la maitrisent comme les pays Européens, car c'est la seule énergie pilotable décarbonée (hormis l'hydroélectricité très insuffisante, sauf en Norvège) qui permet d'assurer le fonctionnement stable du réseau électrique en présence d'une part élevée d'ENR. 
Ceci restera le cas tant que le stockage d'électricité verte issue des ENR et la filière "power to gas to power" notamment via la méthanation fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9 ne sera pas fonctionnel à un coût raisonnable, dans les pays ne maitrisant pas l'énergie nucléaire, notamment les pays du sud (hors Inde et chine), le développement à grande échelle des ENR (solaire et éolien) permet déjà et permettra de réduire la consommation de carburants fossiles (charbon d'abord) pour la production électrique ; cependant la décarbonation complète du mix électrique nécessitera de disposer d'une combinaison de stockage par batteries ET de power to gas to power à un faible coût, ce qui prendra plusieurs décennies.

2. Quelles sont les principales innovations technologiques dans les systèmes d’acheminement d’énergie qui, selon vous, transformeront le secteur au cours de la prochaine décennie ?
A priori il y aura peu d'innovations technologiques dans ce domaine, car la technologie est déjà au point. Par contre il est urgent d'investir dans des réseaux de lignes électriques à très haute tension (THT), assurant la stabilité des réseaux à grande échelle (exemple en Europe) et dans des systèmes de gazoducs permettant de distribuer le gaz "vert” (c'est-à-dire décarboné) issu d'ENR ou de centrales nucléaires vers des lieux de stockage de gaz ou de consommation (particuliers et entreprises) ou de production électrique via des centrales thermiques.

3. Comment concilier sécurité énergétique, réduction des émissions de carbone et acceptabilité sociale des projets énergétiques à grande échelle ?
Cette est question essentiellement politique. Il faudrait convaincre les citoyens que des compromis sont nécessaires : disposer d'électricité décarbonée à un coût raisonnable nécessite d'accepter la construction à grande échelle de panneaux solaires (y compris hors toitures), d’éoliennes (surtout en mer) et de centrales nucléaires (par exemple en France dans la région PACA en bord de mer et en Bretagne dépourvue de production électrique pilotable).
La priorité numéro un est d'électrifier l'économie dans l'industrie, les transports (voitures électriques en particulier) ; la seconde priorité est la sobriété de consommation, le développement de transports en commun, de transports frugaux comme les voiturettes, les vélos et  la fabrication d' appareils électriques en France ou en Europe avec l'amélioration de leur durabilité et de leur nombre (exemple: numérique, smartphones) et la réduction de leur consommation (notamment des appareils électroménagers aux pompes à chaleur).

4- Deux pays voisins, la France et l’Allemagne, poursuivent des politiques énergétiques très différentes, notamment en matière de nucléaire. Selon vous, quelle approche est la plus à même de garantir l’avenir énergétique à long terme, en termes de sécurité, de coûts et d’impact environnemental ?
La comparaison des politiques énergétiques de la France et de l’Allemagne est éloquente sur le plan du mix électrique : 
La France est beaucoup plus autonome sur la gestion de la production électrique   car ne consommant que peu de gaz en raison de l’importance de la production électrique pilotable (nucléaire et hydroélectricité)
Les émissions de CO2 du mix électrique Français sont toujours 3 à 10 fois plus faibles que celles de l’Allemagne
La politique allemande conservant les centrales thermiques à charbon, ayant fermé toutes ses centrales nucléaires est anti-climat, favorise la pollution de l’air par les particules fines (émises par les centrales à charbon) sur la partie ouest et nord de l’Europe et met en danger Europe sur le plan géopolitique
Le développement des ENR rapide et généralisé en Allemagne restera insuffisant pour assurer la stabilité du réseau électrique et permettre une flexibilité suffisante du réseau pour répondre aux pics de consommation
Cette politique désastreuse de l’Allemagne choisie de façon purement irrationnelle fait grimper les prix de l’électricité en Allemagne mais aussi ailleurs en Europe, nuit à la réindustrialisation de la France et de ses voisins, met l’Europe à la merci du gaz de schiste américain.

5. Quels sont les risques sous-estimés dans les infrastructures de transmission d’énergie actuelles, et quelles solutions techniques ou réglementaires conseillez-vous pour les atténuer ?
Les risques liés aux infrastructures de transport énergétique restent nuls sur le plan sanitaire, faibles sur le plan environnemental sauf sur les atteintes aux paysages, qui peuvent être significatives ; les parades sont ;
1) d’enterrer dans la mesure du possible les lignes électriques 
2) de réduire la densité des connexions électriques en privilégiant les. Installations de production électriques de grande puissance, aussi bien les centrales nucléaires que les parcs photovoltaïques ou éoliens de grande taille ; le slogan " Small is Beautiful" n’est pas toujours adapté à la protection de l’environnement !
L’utilisation trop systématique de panneaux PV sur des toitures privées de petite taille et dispersé es pour alimenter le réseau électrique accroître la densité de lignes électriques et les pertes en ligne inversement proportionnelles
 
 


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