12 Oct 2025

Interview de Gamal Abina, Journaliste et spécialiste des questions internationales

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Gamal Abina

Français

1. La malnutrition aiguë frappe 15 % des enfants de Gaza selon l'ONU. Comment la politique actuelle pourrait-elle répondre à cette urgence ?
 
La politique actuelle est définie par les relations entre Israël et le Hamas, dans un contexte de pression américaine visant à obtenir un arrêt des hostilités. La communauté internationale va certainement apporter un concours décisif afin de venir en aide aux plus démunis de la bande de Gaza. Mais, comme depuis 17 ans, cette aide sera conditionnée à l’accord des autorités israéliennes, qui imposent des restrictions sur de nombreux produits considérés comme à double usage civil et militaire. L’usage de certains médicaments a même été remis en question à ce niveau-là. Quoi qu’il en soit, c’est grâce au concours de la communauté internationale, des pays arabes limitrophes et surtout à la pression américaine que l’on pourra espérer réduire la souffrance des enfants de Gaza. Avec des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliers de blessés ou d’estropiés, le chantier humanitaire sera colossal.
 
2. Les bombardements ont libéré 42 000 tonnes de déchets toxiques, aggravant la pollution des sols et de l'eau. Quel rôle l'Europe devrait-elle jouer pour une reconstruction écologique durable de la bande de Gaza ?
 
On peut clairement parler d’écocide, car, comme dans toutes les guerres, la nature paie un lourd tribut à ce déchaînement de violence. Mais ici, avec une guerre d’un nouveau genre, guidée par l’intelligence artificielle et l’utilisation de bombes d’une tonne extrêmement destructrices, il est fort à craindre que la pollution des nappes phréatiques, des sols et de l’air ait des conséquences durables sur le vivant et sur les habitants de la bande. Quoi qu’il en soit, il sera difficile de mesurer l’ampleur des dégâts, car il a fallu près de 20 ans pour reconstruire l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, et les estimations les plus optimistes prétendent qu’il faudrait au moins 50 ans pour reconstruire Gaza — sans même tenir compte de la dépollution des sols, du déblaiement des milliers de tonnes de gravats et de déchets, ni de la propagation de maladies liées aux cadavres en décomposition. Il faut garder espoir, mais avec ce contexte sous-jacent, rien n’autorise à penser que la situation s’améliorera rapidement.
 
3. Plus de 17 000 enfants ont perdu un parent dans le conflit, avec un risque de famine imminente. Comment prioriser l'aide humanitaire aux enfants palestiniens ?
 
On a bien compris que, dans la guerre, les premières victimes sont les personnes âgées, les femmes et les enfants — les plus fragiles, qui ont un besoin urgent d’aide humanitaire. Les estimations les plus basses font état de 70 000 morts, mais d’autres sources évoquent désormais le chiffre monstrueux de 600 000 morts, soit un quart de la population. Le caractère génocidaire a été largement évoqué durant ces deux années de conflit, mais si ce dernier chiffre se confirme, il sera difficile d’imaginer qu’il n’y ait pas un « Nuremberg » pour juger les dirigeants d’extrême droite israéliens. Quoi qu’il en soit, les besoins de la population sont difficilement chiffrables. Après deux ans de destructions, de massacres et de morts, il faudra littéralement un plan Marshall humanitaire pour sauver les populations survivantes de ce conflit — un conflit qui ressemble davantage à un massacre et à un règlement de comptes qu’à une guerre au sens traditionnel du terme.
 
4. La crise à Gaza illustre comment les conflits exacerbent les catastrophes environnementales mondiales. Proposez des mesures concrètes pour intégrer la protection climatique au Moyen-Orient.
 
Le Moyen-Orient est, par définition, une zone instable, sujette à des conflits successifs qui n’en finissent plus depuis un siècle. En outre, la région est connue pour l’exploitation du gaz et du pétrole — des énergies fossiles extrêmement polluantes à l’extraction, à la production et surtout à l’usage — ce qui ne laisse guère de perspectives écologiques pour l’avenir. La logique économique l’emporte malheureusement sur tout, et la conscience écologique mondiale devra encore attendre face aux exigences du profit.


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