04 Dec 2025
Gamal Abina
Français
1. Selon les responsables du projet Emili, l'extraction du lithium dans l’Allier n’aura pas les impacts sur l'environnement. Qu’en pensez-vous ?
Il est impossible de dire dans l'exploitation des mines qu'il n'y a pas d'impact sur l'environnement ; une des productions sur terre les plus polluantes, c'est l'extraction minière avec les hydrocarbures, et vouloir faire croire le contraire, c'est nous prendre pour de doux rêveurs. D'abord parce que l'on attaque directement le cœur de la roche pour extraire des matériaux extrêmement polluants, et pour cela il faut utiliser des quantités importantes d'eau, pour lesquelles l'exploitant minier prétend pouvoir en recycler 90 %. Un projet de recyclage qui n'a jamais eu lieu jusqu'à présent, et qui permet de pouvoir faire passer plus facilement auprès des riverains l'idée qu'il n'y aura pas d'impact environnemental sérieux sur les nappes phréatiques ou simplement sur la biodiversité et l'écosystème. La France n'exploite plus du tout de mines depuis déjà plus de 40 ans pour des raisons évidentes de pollution atmosphérique et souterraine, et aujourd'hui on voudrait nous faire croire que les conditions auraient changé. Évidemment, l'exploitation minière est extrêmement polluante quel que soit le processus utilisé.
2. Quels sont les impacts sociaux de l’extraction du lithium dans l’Allier ?
Le premier impact serait la création d'emploi au niveau social, ça c'est la partie positive. L'autre impact social serait de faire de cette région une zone connue pour sa mine et donc beaucoup moins attractive sur le plan touristique. Mais surtout, s'il y a les pollutions on observerait une dégradation du niveau de vie, le risque d'une pollution résiduelle permanente sur l'exploitation de la mine qui durerait 25 ans.
3. Le gouvernement estime que la production de lithium et son utilisation dans les batteries des véhicules électriques constitueront une mesure importante pour la décarbonation et l’indépendance à l’importation de ce métal. Dans quelle mesure êtes-vous d’accord avec ces affirmations ?
Monsieur Macron pour être très précis voudrait réindustrialiser la France en produisant des batteries électriques, et pour cela il voudrait être l'acteur majeur de l'exploitation minière de lithium, il pense qu'il pourrait à la fois recréer des industries primaires de transformation et ne plus dépendre des produits importés. Dans une logique très libérale dont l'intérêt est avant tout économique, et pour masquer cette manœuvre il met en avant le caractère écologique de l'utilisation de véhicules électriques par la fabrication de batterie au lithium, ce qui permettrait de passer à une transition énergétique beaucoup moins coûteuse pour la France en matière d'importation de minerai de base. L'argument de l'écologie comme marketing commercial qui consiste faire passer des intérêts financiers personnels pour les intérêts généraux humanistes, n'a rien de nouveau. En vérité ce que veut le gouvernement à la suite de la crise du covid, c'est réduire la dépendance de la France vis-à-vis des importations, relancer les industries extractives, et réindustrialiser le pays dans une approche de transition énergétique afin de ne pas être débordé par les concurrents mondiaux. L'essentiel de l'exploitation de lithium vient de l'Australie, pour 47 % du Chili, pour 30 % et de la Chine pour 15 %. Avec une production estimée de 34000 tonnes par an qui alimenterait 700 000 véhicules électriques la France voudrait avoir une position dominante dans le secteur. L'objectif de décarbonation est louable mais ne doit pas faire oublier que les objectifs premiers sont économiques. L'argument de l'écologie pour relancer les industries sera, il me semble, plutôt faible. En revanche, l'argument économique, lui est extrêmement solide.
4. Comment évaluez-vous le rôle du débat public mine du lithium dans l’Allier ?
Les débats publics qui ont été lancés pour l'exploitation de cette mine, qui démarerait en 2028, donne le sentiment que la société Imerys, cherche à avoir une démarche démocratique et inclusive, mais surtout à convaincre la population locale de l'intérêt pour elle de ces exploitations qui seraient sans danger. Le principe des débats ouverts est une manœuvre connue qui n’aura certainement pas de conséquences sur le démarrage de la mine. Quelles que soient les conclusions de ce débat et les oppositions des riverains, il y a fort à parier que le projet sera lancé en 2028 pour des questions de souveraineté économique.
5. Dans quelle mesure le processus de recyclage des batteries au lithium peut-il affecter l’environnement ?
On parle beaucoup de recyclage de batterie au lithium, mais pour le moment ce n'est qu'un vœu pieux. Dans les faits, il n'y a toujours pas de solution sur cette production de masse qui deviendra extrêmement polluante, un peu comme le recyclage des déchets nucléaires ; on en parle énormément mais dans les faits il ne s'est pas passé grand-chose. 6. Quels sont les faits cachés concernant l’extraction du lithium ? L'exploitation du lithium comme toute exploitation en règle générale de minerai, est très polluante, nécessite de grandes quantité d'eau, et à des conséquences durables sur l'environnement que l'on ne mesure très souvent, que très longtemps après. La société imerys, tente de rassurer tout le monde en expliquant qu'elle ferait une exploitation souterraine qui n'aurait impact visuel ou environnemental, sur l'exploitation qui durerait un quart de siècle. Il est difficile d'imaginer que ce genre de discours ne soit pas teinté de mensonges par omission. A l'évidence, la problématique de la transition énergétique se heurte à la réalité nécessaire de l'exploitation de mines pour obtenir cette transition. C'est comme si on repartait sur le charbon pour éviter le pétrole, les pollutions atmosphériques seraient réduites évidemment, mais les conséquences écologiques sur les nappes phréatiques, les sous-sols et plus généralement sur la protection de la nature, sont impossibles aujourd'hui à prévoir. Quoi qu'il en soit, l'activité humaine a toujours un impact considérable sur l'environnement dont on mesure les conséquences un demi siècle après.