13 Mar 2026

Interview de Didier Maïsto, journaliste et essayiste français

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Didier Maïsto

Français

Les guerres pour sécuriser le pétrole créent un chaos géopolitique et écologique.

1. Monsieur Maïsto, la guerre déclenchée le 28 février 2026 par Trump et Netanyahu contre l'Iran provoque une flambée des prix du pétrole et du gaz. Comment ces conflits armés, motivés par le contrôle des ressources fossiles, aggravent-ils la crise climatique mondiale au moment même où la science nous ordonne de sortir des énergies sales ?

Cette guerre absurde lancée le 28 février 2026 par Trump et Netanyahu contre l’Iran, soi-disant pour sécuriser les fossiles, fait exploser les prix du pétrole – le baril frôle les 95 dollars ces jours-ci, avec des pics plus hauts redoutés – et accélère la crise climatique.

D’abord, les opérations militaires elles-mêmes sont des monstres à émissions : tanks, jets, navires et logistique avalent des masses de carburants fossiles, crachant des dizaines de millions de tonnes de CO₂ en quelques mois. Ironie tragique et cruelle : on bombarde pour le pétrole, et on pollue encore plus.

Ensuite, les frappes sur infrastructures pétrolières (pipelines, raffineries, champs) provoquent fuites, incendies, marées noires massives – toxiques pour sols, eaux, biodiversité – et libèrent d’énormes gaz à effets de serre supplémentaires. En Iran, autour du détroit d’Ormuz, le risque est énorme de transformer la région en désastre environnemental durable, comme vu en Irak, Syrie ou Libye.

Pire, ce chaos crée un cercle vicieux : la flambée des prix pousse à extraire plus ailleurs (fracking US, Moyen-Orient), renforçant l’addiction fossile ; les budgets militaires explosent (déjà supérieurs à 2 700 milliards de dollars en 2024, en hausse), détournant les fonds de la transition et du climat pour le Sud ; les accords comme Paris passent au second plan ; et le chaos post-guerre favorise les pollutions incontrôlées.

Enfin, le réchauffement amplifié par ces conflits alimente lui-même les instabilités futures : sécheresses, migrations, guerres pour l’eau et les ressources. Prioriser le contrôle des réserves iraniennes ignore les alertes scientifiques pour 1,5 °C et condamne à plus de chaos climatique.

En clair : cette guerre pour les fossiles n’est pas seulement géopolitique, elle creuse notre tombe collective.

2. Les frappes américaines et israéliennes ont tué plus de 1 300 civils iraniens, dont 180 enfants, et détruit des infrastructures civiles comme l'école de Minab. Human Rights Watch appelle à enquêter pour crimes de guerre. Considérez-vous ces actions comme des violations graves des droits humains, et quel est l'impact sur des populations déjà vulnérables face aux urgences écologiques ?

Oui, ces frappes, qui ont causé la mort de plus de 1 300 civils iraniens dont au moins 180 enfants et détruit des infrastructures comme l'école de Minab, représentent des violations graves des droits humains si elles étaient intentionnelles ou indiscriminées, comme l'indiquent les appels de l'ONU et d'experts à enquêter pour crimes de guerre. Human Rights Watch et d'autres soulignent que cibler des civils ou des sites protégés viole le droit international humanitaire.

Sur l'impact écologique, ces attaques aggravent la vulnérabilité des populations iraniennes déjà confrontées à des crises comme la sécheresse et la pollution : destruction d'infrastructures d'eau et de santé, pollution par des contaminants militaires (carburants, métaux lourds), et déplacements massifs compromettent l'accès à l'aide, amplifiant les effets du changement climatique qui alimente lui-même les conflits.

C'est un cercle vicieux où la guerre accélère la dégradation environnementale, frappant les plus pauvres en premier, comme toujours.

3. Les politiques anti-immigration de Trump, que vous avez qualifiées de "milice fasciste", entrent en contradiction avec les flux migratoires générés par ses propres guerres. Comment analyser ce lien entre guerre pour le pétrole, dégradation environnementale et migration forcée ?

Les politiques anti-immigration de Trump, avec leur rhétorique très spéciale et leur déploiement de forces paramilitaires à la frontière, masquent une hypocrisie profonde. Elles répriment les migrants tout en ignorant que ces flux sont largement amplifiés par les interventions militaires américaines menées sous sa présidence, comme les frappes en Syrie ou le soutien à des coalitions au Moyen-Orient, souvent motivées par le contrôle des ressources pétrolières. Ces guerres déstabilisent des régions entières et aggravent la pauvreté ainsi que les conflits armés.

À cela s’ajoute évidemment la dégradation environnementale. Trump a accéléré l’extraction des énergies fossiles par des dérégulations massives, en sortant de l’Accord de Paris et en relançant des projets comme le pipeline Keystone XL. Ces choix ont intensifié le changement climatique. Les sécheresses, les inondations et les famines qui en résultent, particulièrement en Amérique centrale et au Moyen-Orient, poussent des populations entières à fuir. On parle ici de véritables réfugiés climatiques que ses politiques frontalières rejettent sans distinction.

En réalité, là aussi c’est un cercle vicieux. Les guerres pour sécuriser le pétrole créent un chaos géopolitique et écologique. Ce chaos génère des migrations forcées. Ces migrations sont ensuite utilisées pour justifier une répression accrue aux frontières. Trump vend cette répression comme une mesure de « sécurité nationale », alors qu’elle sert surtout à occulter la responsabilité des États-Unis dans la production des crises qu’elle prétend combattre.

Sans l’arrêt des ingérences militaires, ces contradictions ne feront que s’approfondir. Elles continueront d’alimenter une réponse autoritaire au désordre que le système lui-même a engendré.

4. Face à cette escalade guerrière qui renforce notre dépendance aux fossiles, quelles solutions concrètes proposez-vous pour protéger l'environnement et les droits humains dans ce contexte de tensions géopolitiques ?

Face à l’escalade guerrière qui nous enchaîne aux fossiles, la réponse est simple (sur le papier en tout cas) : accélérer la sortie, car plus on reste dépendants, plus on finance les conflits d’hier et de demain.  

Concrètement, électrifier massivement le chauffage, l’industrie basse température et les transports pour viser 80-85 % d’électricité bas-carbone d’ici 2040 avec un mix renouvelables + nucléaire stabilisé ; stopper les subventions fossiles via une clause « zéro nouvelle aide » dans les budgets, la relance et la défense ; nouer des alliances anti-choc sur les matériaux critiques (lithium, cuivre, terres rares) avec clauses droits humains, interdiction du travail forcé, répartition de la valeur et recyclage obligatoire à 70-80 % d’ici 2040; pousser l’isolation massive avec des aides très massives pour les classes populaires et moyennes ; conditionner tout nouvel accord gaz ou pétrole (Qatar, États-Unis, Azerbaïdjan…) à des audits indépendants et des sanctions automatiques en cas de violations graves ; industrialiser vert en Europe en produisant ici pompes à chaleur et réseaux intelligents avec des standards sociaux et environnementaux élevés.  

Et bien sûr le recyclage, car la réalité est terrible : aujourd’hui, pour le lithium ou le gallium c’est quasi zéro, pour le cobalt autour de 1-5 %, pour le cuivre c’est mieux (vers 30-40 % global mais pas assez pour la demande explosive).

En clair : les fossiles = vulnérabilité chronique + carburant pour la guerre. Décarboner vite, c’est reprendre la main sur notre sécurité, notre facture énergétique et notre éthique. On sait ce qu’il faudrait faire… mais c’est dans les faits très compliqué à mettre en œuvre car beaucoup de pays vivent grâce aux fossiles et les enjeux sont gigantesques ! On n’a pas encore réussi à faire coïncider fin du mois et fin du monde, comme le disaient avec beaucoup d’intelligence les Gilets Jaunes !


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