12 Oct 2025

Interview de Didier Maïsto, journaliste et essayiste français

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Didier Maïsto

Français

1. Avec des terres agricoles détruites et un blocus limitant l’accès à la nourriture, comment la crise alimentaire à Gaza menace-t-elle à la fois la survie humaine et l’écosystème local ?
 
Avec le blocus, la crise alimentaire à Gaza a mis en péril la survie immédiate de la population : selon l’IPC, un demi-million de personnes – soit un quart de la population– est en phase 5 de famine. Plus de 65 000 cas de malnutrition aiguë chez les enfants ont été recensés au mois d’avril. Les prix des denrées ont explosé (+ 1 400 % !), rendant l'accès à la nourriture impossible. Les attaques incessantes sur les convois humanitaires et les sites de distribution, en dépit des dénégations des médias mainstream français, ont causé plus de 1 500 morts et 10 000 blessés depuis mai 2025, transformant l'aide en « abattoir déguisé ».
 
L’écosystème local est gravement touché et Gaza sera potentiellement inhabitable à long terme. Quasiment 100% des terres cultivables sont endommagées ou inaccessibles, avec 86 % des champs permanents en déclin sévère dû aux bombardements, au « bulldozage » et à la contamination par des toxines et munitions. Les 2/3 des 1 531 puits agricoles sont hors service, anéantissant l'irrigation et la production locale de nourriture. La destruction de 80 % de la couverture arborée (arbres fruitiers et oliveraies) a dégradé les sols et favorisé l'érosion, tandis que l'effondrement des systèmes d'eau et d'assainissement libère 100 000 m³ d'eaux usées par jour dans la mer, contaminant les écosystèmes marins et les pêcheries (réduites de 47 % depuis 2009). Cette boucle infernale – destruction agricole amplifiant la famine, qui à son tour force la coupe d'arbres pour le chauffage – accélère la désertification et les épidémies, menaçant la biodiversité et la résilience future de Gaza. C’est une catastrophe à long terme pour tout le vivant.
 
2. Gaza, rasée à 80 % avec sols et eau contaminés par les bombes, subit-elle un écocide délibéré, et quel rôle pour la France dans sa dénonciation ?
 
Evidemment qu’il s’agit d’un écocide délibéré ! Razzia de 95 % des terres agricoles, contamination de 95 % de l'eau par des polluants chimiques, sans oublier l'équivalent de 8 Hiroshima en bombes, générant 90 000 tonnes d'émissions de CO₂ rien que pour les décombres. Moins de 5 % des terres restent cultivables.
 
La France, avec la loi Climat et Résilience intègre l'écocide comme délit (jusqu'à 10 ans de prison pour dommages graves à l'environnement) et mandate un rapport sur sa reconnaissance aux tribunaux internationaux. En juin 2025, une plainte pour crimes de génocide a été déposée en France pour la mort de deux enfants franco-palestiniens tués par un missile israélien, ouvrant la voie à des mandats d'arrêt via la compétence extraterritoriale. Des tribunes dans Libération et des ONG comme Greenpeace France ont exigé que Paris rompe les accords militaires avec Israël, soutienne l'enquête de la CPI sur l'écocide (article 8 du Statut de Rome) et finance la reconstruction verte. La France pourrait mener une coalition UE pour classer l'écocide comme 5e crime contre la paix, amplifiant la voix palestinienne. Cependant, tout cela reste très théorique car comme je le dis souvent, « le droit international est celui des vainqueurs, il n’est qu’une politesse quand on a gagné la guerre ».
 
3. Comment le thème 2025 « Main dans la main » peut-il promouvoir une agriculture durable pour nourrir Gaza ?
 
L’implication des agriculteurs palestiniens survivants, des ONG et des États donateurs dans des projets de régénération des sols contaminés via des techniques agroécologiques (rotation des cultures, compostage pour détoxifier les toxines) est indispensable. Cela inclut la reconstruction de 1 531 puits irrigués (dont 83 % sont HS) et la replantation d'oliveraies et de serres (71 % endommagées), avec des semences résistantes au climat aride. Des partenariats comme ceux avec l'UE pourraient injecter des fonds pour des fermes hydroponiques solaires, réduisant la dépendance au blocus. À Gaza, des initiatives pilotes – comme les cuisines communautaires préparant 658 000 repas/jour – pourraient s'étendre à des coopératives durables, formant les femmes et jeunes à l'agroforesterie pour une sécurité alimentaire post-conflit. Ce thème appelle à lever le blocus pour un accès « main dans la main » à l'aide (62 000 tonnes/mois requises), transformant la famine en modèle de résilience solidaire. Beaucoup de jeunes dans le monde semblent intéressés et c’est un des rares motifs d’espérance.
 
4. Comment l’accord peut-il garantir une aide alimentaire pour les enfants de Gaza, tout en bloquant toute tentative de nettoyage ethnique dans la reconstruction ?
 
Nous sommes dans la toute première phase de l’accord, qui devra bien entendu comporter des clauses contraignantes pour justement éviter le nettoyage ethnique.
 
Il faut ainsi imposer un mécanisme UN-led, indépendant de la Gaza Humanitarian Foundation (GHF, accusée de "massacres masqués"), avec accès illimité via tous les postes-frontières (Kerem Shalom, Zikim) et 500 camions/jour minimum. Prioriser les enfants via l’UNICEF : distribution ciblée de micronutriments, lait fortifié et programmes anti-malnutrition (65.000 cas en avril 2025), avec monitoring en temps réel par l'IPC pour éviter les pillages (95 % des convois affectés en août 2025 !). Des corridors sécurisés, protégés par des forces neutres (pas israéliennes), assureraient 2 000 tonnes/jour de nourriture, couvrant la moitié des besoins infantiles.
 
Ensuite, interdire explicitement les « relocalisations temporaires » (euphémisme pour expulsion de 2 millions de personnes vers des « zones sécurisées » ou pays tiers, comme proposé de façon extrêmement cynique dans la « Gaza Riviera »). L'accord doit lier la reconstruction (91 % des écoles et infrastructures à rebâtir) à un gel des colonies, un droit au retour palestinien, et une supervision internationale (ONU/UE) pour prévenir les « buffer zones » militaires qui masquent les déplacements. Des sanctions automatiques (via CPI) pour violations, et un fonds reconstruction bloqué si déplacements forcés, transformeraient l'aide en levier anti-génocidaire, aligné sur la Convention de 1948. Sans cela, l'accord risque d'aggraver la famine comme outil de dépopulation.


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