À la lumière de l’agenda d’implémentation du COP30, comment voyez-vous le rôle des acteurs privés dans l’accélération de l’action climatique ?
On nous répète depuis vingt ans que “le privé” sauvera le climat, après avoir méthodiquement contribué à le détruire.
Les mêmes fonds d’investissement qui ont bâti la dépendance au pétrole financent aujourd’hui des “solutions vertes” avec des logos pastel et des vidéos de drones sur des éoliennes.
La vérité, c’est que le capital ne décarbonera rien qu’il ne puisse d’abord rentabiliser.
Les entreprises n’accélèrent pas l’action climatique : elles accélèrent leur rebranding.
Le seul effet mesurable, ce sont les rapports RSE de 400 pages où tout le monde se félicite d’avoir remplacé les gobelets en plastique par du bambou importé de Chine.
Trump, lui, au moins, ne s’en cache pas : il pollue en paix, sans brochure PowerPoint.
Le COP30 se tiendra à Belém, au cœur de l’Amazonie. Dans quelle mesure pensez-vous que cette localisation symbolique peut contribuer à faire progresser les engagements internationaux pour la préservation des forêts tropicales ?
Un symbole, certes.
Mais après 29 COP “historiques”, on a compris : plus la localisation est exotique, plus la culpabilité est subventionnée.
Belém servira surtout de décor : les délégations feront des selfies sous les palmiers avant de reprendre l’avion climatisé pour “réfléchir à l’empreinte carbone”.
On parlera “d’écoute des peuples autochtones” , entre deux cocktails sponsorisés par Total et Nestlé.
Et la forêt, elle, continuera de brûler… mais avec un plan d’action “inclusif et résilient”.
On appellera ça un progrès.
L’Amazonie, cette fois, sera sauvée… sur PowerPoint
Un des enjeux majeurs du COP30 est la finance climatique. Quels mécanismes ou innovations proposeriez-vous pour la rendre plus équitable et efficace ?
Le cœur du théâtre.
On ne parle plus de sauver le monde, mais de monétiser sa survie.
La “finance climatique équitable”, c’est comme le “commerce éthique” : une expression d’ONG rachetée par Goldman Sachs.
Les pays riches promettent 100 milliards par an, en prêt, et les appellent “aide”.
Les pays pauvres paient deux fois : d’abord en intérêts, ensuite en inondations.
Les innovations financières ?
– Les “fonds de pertes et préjudices” gérés par la Banque mondiale (le pompier pyromane) ;
– Les “swaps dette-nature” qui permettent à un pays ruiné d’échanger sa forêt contre un peu de trésorerie ;
– Et les “marchés du carbone”, où le Nord rachète sa bonne conscience au kilo de CO₂.
Le tout sous contrôle d’auditeurs payés par les mêmes multinationales qui détruisent la planète.
Bref : tout va très bien, Madame la Terre.
Avec les résultats du premier « Global Stocktake » de l’Accord de Paris, comment évaluez-vous le défi de traduire les promesses en actions concrètes d’ici 2030 ?
Le premier “bilan mondial” nous l’a confirmé : nous sommes en retard, mais “il est encore temps d’agir”.
Phrase magique qui dure depuis 1992.
On promet de tripler les renouvelables, de doubler l’efficacité énergétique, et d’abolir la pauvreté, le tout sans froisser les lobbies fossiles.
Chaque pays publiera une “NDC renforcée” (c’est-à-dire une version corrigée du devoir non rendu).
Les indicateurs seront “transparents”, les objectifs “ambitieux”, et les résultats… “à évaluer”.
Tout cela d’ici 2030, évidemment, c’est-à-dire jamais.
Parce que 2030, c’est l’horizon parfait : suffisamment proche pour faire peur, suffisamment loin pour ne rien faire (et puis … les WEF en a fait l’horizon du Great Reset selon Schwab).
Conclusion
COP30 à Belém sera donc, comme les 29 précédentes, une retraite spirituelle pour technocrates, financée par ceux qu’elle prétend réguler.
On écrira des communiqués à la lueur des torches durables, on votera des résolutions sans dent, et on se félicitera d’un “moment historique pour l’humanité”.
Pendant ce temps, les États-Unis continueront à forer, la Chine à charbonner, l’Europe à s’autopunir, et l’Amazonie à se consumer, lentement, élégamment, sous label vert.
Mais au moins, cette fois, le catering et les vins seront bio.