Anne-Cécile Violland, députée et militante écologiste récemment distinguée parmi les 100 personnalités influentes pour l’environnement selon Time Magazine, nous livre ses idées sur la transit
Félicitations pour votre nomination parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde sur les questions environnementales. Que représente pour vous cette reconnaissance ?
Cette reconnaissance a été une surprise, j’ai été informée par le message d’un ami. Je me suis sentie honorée mais surtout fière que ce combat que nous menons avec l’ensemble de l’écosystème mobilisé, entreprises, fédérations, associations, parlementaires, gouvernement y compris les citoyens engagés. Cette reconnaissance c’est la nôtre, celle d’une lutte juste environnementalement, économiquement, sanitairement et socialement. Nous menons ce travail ensemble et cette reconnaissance ne fait que renforcer notre action.
C’est également la reconnaissance d’un France ambitieuse qui prend à bras le corps des problèmes de notre société. J’ai souvent des échanges avec des personnalités engagées dans d’autres pays extra européens qui observent ce que nous sommes en train de faire et souhaitent s’en inspirer. Et c’est enfin aussi une fierté pour mon groupe politique Horizons, qui avec le ministre Christophe Bechu, a été un pilier de cette loi dès le début.
Vous êtes très engagée dans la lutte contre la Fast Fashion. Selon vous, quels leviers concrets peuvent encourager une consommation textile plus responsable en France et en Europe ?
C’est tout l’objet de la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile. Parmi les mesures proposées, celle de l’interdiction de la publicité par ces business modèles qui usent et abusent d’algorithme pour « donner envie » à des prix défiants toute concurrence.
Le texte prévoit également d’imposer des malus et des bonus pour les entreprises en fonction d’un certains nombres de critères de durabilité. C’est l’occasion de transformer la prime au vice de ces mastondontes asiatiques en boucle vertueuse : les enseignes vertueuses sur le plan environnemental sont récompensées lorsque celles qui produisent avec des dommages réels sur notre environnement sont pénalisées.
Enfin, le texte propose de mettre en place sur chaque vêtement un affichage environnemental, à l’image du nutriscore afin que les consommateurs puissent avoir une information complète sur le vêtement sur sa fabrication et son impact bon ou mauvais sur l’environnement et la santé, avant leur achat. Cela permet d’informer et de sensibiliser nos concitoyens et de transformer un acte de consommateur en acte citoyen.
En tant que députée et militante écologiste, comment conciliez-vous les impératifs politiques et la nécessité d’agir rapidement pour le climat ?
Je ne me décrirais pas comme une militante écologiste, je crois qu’il faut sortir des clivages et des dogmes politiques s’agissant de cette question environnementale. Je suis surtout convaincue que si nous ne prenons pas soin de notre planète, de ses habitants, humains, animaux et écosystèmes, dans un temps long, nous n’aurons plus beaucoup à défendre. Je défends donc une écologie pragmatique où l’acceptabilité de nos concitoyens doit être un levier majeur.
Nous venons de célébrer les 10 ans de l’Accord du climat à Paris et la feuille de route de notre pays en matière environnementale est ambitieuse. Cependant, dans l’ensemble de mes travaux, je ne mets pas en opposition impératifs écologiques et économie. Je pense qu’il faut continuer d’être ambitieux en matière environnementale, continuer d’agir avec des leviers incitatifs et les dispositifs législatifs sont une réponse pour encadrer l’avenir tout en prenant en compte les impératifs économiques et le temps nécessaire de transformation. Mais si on ne contraint pas avec un cadre, les choses n’avanceront pas ou pas assez vite. Enfin, je pense que le rôle de la puissance publique est également de garantir la justice sociale par des leviers d’aides afin de les citoyens comprennent et soient aidés dans leurs changements également.
C’est ce que nous avons cherché à faire avec ce texte, encadrer pour accompagner le changement car de nombreuses entreprises ont déjà pris le chemin de la transformation et surtout informer correctement les citoyens qui deviennent des consommateurs.
Beaucoup de citoyens se sentent impuissants face à la crise climatique. Quel message aimeriez-vous leur adresser ?
Je souhaite leur dire qu’ils sont déjà acteurs au quotidien, l’exemple premier est le geste du tri. Nous avons tous pris l’habitude de trier nos déchets, et en cela nous privilégions l’économie circulaire, le réemploi et la recyclabilité, ce geste est fort et porteur. Toutes nos propositions de loi feront sens si nos concitoyens en voient le sens et le bénéfice pour tous.
Chacun à notre niveau nous cherchons à adopter des gestes plus vertueux y compris dans nos achats, en privilégiant les circuits courts, soutenant nos petits commerces, nos agricultures et éleveurs. D’autres décident d’acheter moins mais de meilleure qualité, la consommation des citoyens change, ils ne sont pas seulement des consommateurs mais des citoyens engagés chacun à leur niveau. C’est le collectif qui fera la différence mais il faut que nous puissions l’accompagner et surtout donner à chacun la possibilité de connaitre la réalité des impacts sanitaires et environnementaux.
Je pense également à nos jeunes, à nos futures générations qui se sont emparés de ces questions et ont une conscience environnementale beaucoup plus poussée que grand nombre d’entre nous, écoutons-les, avançons avec eux et surtout prenons des décisions à long terme pour eux.
Enfin, quelles sont, selon vous, les priorités à défendre à la COP30 pour que la justice climatique devienne une réalité.
Cette COP arrive à un moment charnière pour la diplomatique climatique mondiale, surtout alors que nous avons appris que l’année 2024 a été enregistrée comme l’année la plus chaude jamais enregistrée.
A l’aube des 10 ans de l’Accord de Paris qui fixait de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, les engagements actuels des Etats ne permettront pas d’atteindre cet objectif malheureusement. Pour la France et l’Europe, il s’agit de prouver que la transition écologique n’est pas un renoncement, mais une opportunité de créativité, de modernisation et de leadership. Les décisions seront déterminantes pour préparer des propositions concrètes, crédibles et solidaires qui devront répondre à l’urgence climatique tout en préservant la cohésion sociale et économique.
L’Europe, souvent perçue comme leader climatique, doit montrer l’exemple en accélérant sa transition énergétique et en renforçant ses politiques d’adaptation, notamment face aux vagues de chaleur, sécheresses et inondations qui frappent déjà son territoire. Il est temps de soutenir unanimement une sortie accélérée des énergies fossiles.
Il est de même indispensable de soutenir une protection et une restauration massive de la biodiversité, de notre vivant avec un focus particulier sur la déforestation.
La COP30 devra être le lieu permettant de concrétiser le nouvel objectif collectif de financement climatique, avec une attention particulière à la justice climatique le soutien aux pays les plus vulnérables mais les moins responsables du dérèglement climatique. La France, en tant que puissance historique pourrait jouer un rôle clé pour mobiliser des financements et pour promouvoir des mécanismes de solidarité internationale. L’enjeu est aussi de garantir que les promesses de financement soient a minima tenues (voire augmentées).
C’est l’occasion pour l’Europe de parler d’une seule voix pour peser dans les négociations notamment face aux nouveaux enjeux géostratégiques et particulièrement sur la question des énergies.
Il s’agirait de passer d’une logique d’engagements volontaires à une architecture mondiale exigeante et solidaire.
Le climat n’est plus une négociation diplomatique mais l’exigence d’un nouveau contrat social mondial.