1- PETA France joue un rôle de plus en plus visible dans le débat public. Selon vous, quel est aujourd’hui le principal obstacle au progrès de la cause animale en France ?
Il est indéniable que la cause animale est une des problématiques majeures aux yeux du public français, malheureusement des millions d'animaux continuent de souffrir chaque jour dans les industries qui les exploitent et il est urgent de sensibiliser la population et de les encourager à faire des choix qui ne soutiennent pas la maltraitance de ces êtres sensibles. Aujourd’hui, l’un des défis en France, comme ailleurs, est que la cause animale doit se faire une place parmi de nombreux enjeux qui occupent l’espace médiatique : crises internationales, préoccupations sociales, urgence climatique… Mais loin de nous décourager, cela renforce notre détermination, car nous savons que toutes ces questions sont liées. En montrant comment la protection des animaux contribue à un avenir plus durable, plus juste et plus sain, nous parvenons à toucher de plus en plus de personnes.
Un autre défi réside dans l’influence des lobbies de la viande, des produits laitiers et d’autres industries qui tirent profit de l’exploitation animale. Ils tentent de freiner le changement, parfois via des mesures rétrogrades (comme l’interdiction des termes « steak » ou « escalope » pour les alternatives végétales) mais cela montre surtout que la transition est en marche. Malgré ces résistances, les avancées se multiplient : les alternatives végétales progressent, le public s’informe davantage et les entreprises s’adaptent ; on trouve aujourd'hui de délicieuses versions sans cruauté de la plupart des produits alimentaires - du "jambon" végétal aux célèbres boulettes Ikea, en passant par une panoplie de laits et yaourts végétaux et de "saumon" végétaux, fauxmages, faux gras et autres. Chez PETA France, nous mettons tout en œuvre pour faire bouger les lignes pour les animaux, avec créativité, pédagogie et persévérance.
2- Plusieurs enquêtes récentes ont mis en lumière des maltraitances dans les élevages et les abattoirs. Quelles mesures concrètes PETA France estime indispensables pour mettre fin à ces pratiques ?
Face aux enquêtes à répétition qui dévoile, encore et encore, les sombres dessous de la production de viande et d'autres produits issus de l'exploitation animale, force est de constater que la violence et la souffrance sont inhérentes à ces industries. On ne peut pas mettre fin aux maltraitances des animaux utilisés dans l'alimentation puisque tout le système repose sur une marchandisation de ces êtres sensibles. À PETA, nous rappelons qu’il n’existe pas de manière « humaine » ou « éthique » d’exploiter ou de tuer un animal pour le profit. Néanmoins, le travail des organisations qui visent à obtenir des améliorations immédiates est important sur le court-terme, car des millions d'animaux vivent l'enfer, de leur naissance jusqu'à leur abattage. Ils souffrent aujourd’hui, et chaque avancée compte pour alléger ce qu’ils endurent.
Mais pour réellement mettre fin aux maltraitances sur le long terme, il est indispensable de transformer en profondeur notre système alimentaire et de cesser de financer par l’argent public des pratiques fondées sur l’exploitation animale. Tant que les animaux seront traités comme des marchandises, les abus seront inévitables. La seule solution réellement durable consiste donc à sortir de ce modèle et à accélérer la transition vers une alimentation végétale, à la fois au niveau individuel et institutionnel. C’est ce changement structurel qui permettra enfin de mettre un terme à ces violences.
3- La transition vers une alimentation végétale progresse, mais encore lentement. Quels leviers — politiques, économiques ou culturels — pourraient accélérer ce changement ?
L’accélération de la transition dépend en partie de progrès politiques. Le gouvernement doit reconnaître que cette évolution est essentielle pour protéger les animaux, mais aussi pour la santé publique, la prévention des zoonoses (qui peuvent mener à de graves soucis sanitaires comme la grippe aviaire ou à des pandémies comme le Covid-19) et la lutte contre le changement climatique. Il est urgent que nos décideurs s'engagent à protéger la santé publique, le climat et les animaux en encourageant la production de protéines végétales et en redirigeant les subventions agricoles vers ce type de production, et à mettre à jour les recommandations nutritionnelles nationales. Sur le plan économique, il est indispensable de rediriger les financements publics actuellement dédiés à l’élevage vers l’innovation végétale, et les entreprises ont également une responsabilité à soutenir ces avancées.
Sur le plan culturel, notre patrimoine culinaire se doit également d'évoluer. De plus en plus de chefs s'attirent de grands succès en conciliant gastronomie et éthique, et cette réinvention doit être soutenue.
Et bien sûr, chaque consommateur et chaque consommatrice a un pouvoir immense dès aujourd’hui. Sans attendre des changements politiques ou structurels, chacune et chacun peut réduire immédiatement la souffrance animale, et avoir un impact positif sur sa santé et la planète, en choisissant une alimentation végétale. Voter avec son porte-monnaie est l’un des leviers les plus efficaces pour accélérer la transition vers un mode de vie respectueux des animaux et de l'environnement.
4- Les grandes entreprises se disent de plus en plus « éthiques » et « durables ». Comment distinguer, selon vous, les engagements sincères du simple greenwashing ou animal-washing ?
Il est indéniable que certaines entreprises surfent sur des termes comme « durable », « éthique » ou « respectueux des animaux » sans que cela corresponde à une réalité concrète, et que, comme le prouvent de nombreuses enquêtes des entités PETA et d'autres associations de protection animale, les labels et certifications n'aident pas les animaux. Ceux-ci offrent surtout une illusion de bien-être mais sont très souvent de simples écrans de fumée. Par exemple, le label « bio » ne garantit rien en termes de bien-être des animaux : il porte surtout sur leur alimentation et les pesticides, alors que leurs conditions d’élevage peuvent être tout aussi industrielles et pénibles. Le « plein air » aussi est largement galvaudé : souvent cette certification cache des élevages où les animaux sont entassés dans d’immenses hangars, avec peu, voire pas, d’accès à l’extérieur.
Même les labels de « bien-être animal » masquent une réalité sordide pour les cochons, les vaches, les veaux, les poules et tous les autres animaux exploités par les humains car ils sont peu régulés et contrôlés, et des enquêtes, en France, comme à l'étranger, ont révélé des manquements au respect le plus basique des besoins des espèces concernées. Tant que les animaux sont exploités pour le profit, ils sont traités comme des marchandises, et ces certifications servent surtout de vitrine marketing destinés à déculpabiliser le consommateur, pas à garantir le bien-être animal.
La manière la plus simple de s'assurer de ne soutenir que de véritables pratiques éthiques est d’adopter un mode de vie végane et de ne jamais acheter ni consommer de produits issus de l'exploitation animale.
5- Le public français est-il aujourd’hui plus réceptif aux messages de PETA France ? Comment adaptez-vous votre stratégie de communication à cette évolution ?
En effet, les préoccupations autour de la condition animale progressent rapidement en France, et le public devient plus réceptif aux messages plaidant pour un changement sociétal vis-à-vis des animaux. Cette évolution se voit dans le succès des alternatives végétales, dans la médiatisation croissante des enquêtes et dans le nombre grandissant de personnalités publiques qui s’engagent aux côtés des entités PETA.
Notre stratégie s’adapte en permanence afin de nous assurer que notre message de défense des droits des animaux atteigne autant de personnes que possible : nous travaillons étroitement avec des célébrités et des influenceurs pour toucher un public toujours plus large, nous collaborons avec des entreprises en coulisses pour les encourager à ne plus vendre de produits issus de l’exploitation animale, nous organisons des actions de rue, des campagnes visuelles fortes et de nombreux projets créatifs et nous utilisons les médias et les réseaux sociaux pour diffuser un message clair, accessible et inspirant à un public large et varié pour inspirer tout le monde à agir pour les animaux en agissant à leur niveau et en informant leur entourage.
L’objectif est toujours le même : faire en sorte que l’information circule, que le grand public se rende compte que chaque choix compte, et que chacun ait les moyens concrets de faire des choix éthiques, que ce soit pour l’alimentation, l’habillement, les loisirs ou encore les cosmétiques.