27 Dec 2025

Interview d'Alexis Dussol, Dirigeant d'ADEXSOL, agence spécialisée dans la communication et formation en Santé

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Alexis Dussol

1-    Le dérèglement climatique est désormais un enjeu de santé publique. Selon vous comment le changement climatique impacte-t- il déjà la santé des populations en France ?

L’environnement est un déterminant essentiel de notre santé. Il faut savoir que la qualité de l’environnement influe plus sur la santé des populations que la performance du système de soins. Nombre de pathologies chroniques sont dues à l’environnement

En France, l’exemple qui l’illustre le plus a été l’épisode de la canicule de 2003, à l’origine de 14 800 décès en plus soit 60% par rapport à la mortalité attendue. Il y a tout lieu de penser que nous connaitront chaque année des épisodes caniculaires qui se traduiront inévitablement par de la surmortalité. 

Il faut aussi savoir que les évènements extrêmes météorologiques qui se répètent désormais chaque année (sècheresse, incendies, inondations) impactent fortement la santé physique et mentale des populations Le lien entre les pesticides et certaines affections cancéreuses ou neurologiques a aussi été mis en évidence. Les données scientifiques suggèrent également que les perturbateurs endocriniens altérèrent de nombreuses fonctions de l’organisme. Ces substances chimiques très présents dans notre quotidien ont aussi un impact sur les écosystèmes qui à leur tour influent sur notre santé. Une étude qui vient de paraitre dans la revue Science nous alerte, par exemple, sur la contamination à grande échelle des poissons marins par le Pfoa et Le Pfos, deux polluants éternels classés cancérigènes

Le réchauffement climatique entraine aussi le déplacement d’aires climatiques à l’origine de maladies vectorielles transmises par les moustiques, autrefois inconnues sur le sol français. Les premiers cas autochtones de dengue, de chikungunya et d’infection par le virus West Nile ont ainsi été déclarés à l’été 2024

On pourrait multiplier les exemples


2-    Les politiques environnementales. Sont souvent pensés séparément des politiques sociales et sanitaires. Pensez-vous qu'il faille les repenser ensemble et si oui comment ? 

Il faut privilégier le concept One Health, une seule santé liant santé humaine, animale et environnementale. Environ 60 % des maladies infectieuses émergentes proviennent d’animaux. Il est évident que notre santé, celle des animaux et celle de notre planète doivent être appréhendées de façon globale. On pensait que la pandémie du Covid-19 nous avait servi de signal d’alerte sur cette nécessité. Hélas, le soufflet est vite retombé !  

Le découpage ministériel ne favorise pas une telle approche, chaque ministère gardant la main sur son champ de compétences. Il faut une coordination interministérielle forte pilotée directement par Matignon. Il faut aussi sortir des grandes déclarations de principe et témoigner d’une réelle volonté politique. Ce n’est pas le cas. 

 

3-    Pollution de l’air, pesticides, perturbateur endocrinien : estimez-vous que la réponse politique actuelle soit à la hauteur des risques environnementaux pour la santé ? 

Assurément non ! l’action de la France est toujours en retard au regard des connaissances scientifiques. Un arrêt de la cour administrative d’appel de Paris du 3 septembre 2025 a reconnu que l’Etat avait commis une faute en ne procédant pas à l’évaluation des produits phytosanitaires au vu du dernier état des connaissances scientifiques. Signalons aussi que seule une mobilisation citoyenne d’ampleur a permis de faire échec à la proposition de loi Duplomb qui voulait notamment réautoriser l’acétamipride dont on connaissait pourtant les effets sur le développement du fœtus et la fonction des neurones !

Sur les perturbateurs endocriniens, s’il faut se féliciter que la France ait adopté dès 2014 une stratégie nationale sur le sujet, un rapport conjoint de l’inspection générale des Affaires sociales et celle de l’environnement et du développement durable a montré les limites de la politique française en matière de lutte contre les perturbateurs endocriniens, qui comme on l’a dit sont pourtant largement présents dans notre environnement. Les auteurs du rapport ont en particulier souhaité que la stratégie soit « portée beaucoup plus fermement au niveau politique », et qu’elle doit encourager les initiatives de terrain. A cet égard, l’exemple de l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon qui a créé une chambre pédagogique pour sensibiliser les parents aux impacts de l’environnement sur la santé de leur enfant est une initiative qu’il faut saluer.

Il faut aussi déplorer que ce n’est que depuis peu (à compter du 12 avril 2024) que les fabricants et les distributeurs ont l’obligation de mettre à disposition des consommateurs les informations permettant d’identifier des perturbateurs endocriniens dans les produits de consommation. 

 

4-    Face à l'urgence climatique quels rôles peuvent jouer des collectivités locales et les citoyens pour accélérer la transition écologique au-delà des discours nationaux ?

L’urgence climatique nécessite la mobilisation de tous. Les collectivités locales ont bien entendu leur rôle à jouer dans le cadre de leurs compétences. C’est le cas en particulier des communes qui gèrent l’approvisionnement en eau potable, de l’assainissement des eaux usées, la collecte et du traitement des déchets et la lutte contre la pollution de l’air. Il faut insister sur l’importance du Plan de mobilité. Les effets bénéfiques sur la pollution de l’air de la limitation à 50 Km de la vitesse sur le périphérique parisien a montré le rôle que peuvent jouer les collectivités locales. Créer des ilots de fraicheurs comme le font beaucoup de villes est aussi essentiel pour lutter contre la canicule et préserver la biodiversité 

Par-delà les institutions, c’est aux citoyens et notamment aux plus jeunes de prendre en charge leur avenir. Un peu partout dans le monde, ce sont eux qui nous montrent l’exemple. Il faut changer nos modes de vie, nos habitudes alimentaires et nos modes de consommation héritées des trente glorieuses. Si chacun apporte sa pierre à l’édifice, nous aurons quelque chance de stopper ou au mieux de ralentir le dérèglement climatique actuel

L’accord de Paris a suscité un immense espoir que les changements géopolitiques récents ont mis à mal et on peut craindre que l’environnement passe au second plan chez nous, nous compte tenu de l’instabilité de la situation politique et du mauvais état de nos finances publiques.

 

5-    Certains dénoncent une écologie punitive d'autres une action insuffisante comment concilier justice sociale protection de l'environnement et efficacité climatique

L’expression d’écologie punitive est surtout utilisée par les adversaires des politiques environnementales. L’inaction climatique, elle est, en revanche, vraiment punitive pour les citoyens, compte tenu des conséquences délétères du dérèglement sur leur santé. N’oublions pas que ce sont les plus démunis qui souffrent le plus du dérèglement climatique en France comme dans le monde. 

Justice climatique et justice sociale sont intimement liés. Les politiques environnementales doivent prendre en compte les exigences sociales et inversement.  Lutter contre le dérèglement climatique, c’est lutter pour un peu plus de justice sociale
 


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