03 Jun 2025

Interview d'Alexis Boudaud Anduaga, fondateur de L'Écologie Autrement

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Alexis Boudaud Anduaga

Français

L’IA, quoiqu’on puisse en penser, va devenir un acteur majeur.

1. En tant qu'acteur engagé dans la protection de l'environnement, quelles sont, selon vous, les priorités absolues à adresser en 2025 pour lutter efficacement contre le changement climatique ?
 
Pour L'Écologie Autrement !, la priorité absolue est un changement total de paradigme des politiques environnementales. Il n’est plus temps de se contenter de rustines ou d’engagements dont on ne sait pas bien s’ils sont ou seront respectés, ni comment ils sont réellement évalués.
 
Depuis quelque temps déjà, en France, la politique menée par les acteurs traditionnels se révèlent  largement insuffisante, voire contreproductive ce qui a comme conséquence actuelle que de nombreux citoyens, souvent conscients des enjeux, tentent de se voiler la face et d’éviter les sujets écologiques jugés comme effrayants et anxiogènes. Les enjeux écologiques ne sont désormais plus une préoccupation première en cette année 2025. Pire, ils peuvent être un repoussoir sur lequel certains groupes politiques s’appuient.
 
Bien sûr cet état de fait est de très mauvaise augure au moment où nous devrions justement appuyer sur l’accélérateur.
 
Il s’agit donc de, premièrement, remettre l’écologie, et principalement la lutte contre le changement climatique, au centre du débat. Non de façon punitive ou négativiste mais en mettant en exergue les bienfaits énormes, tant économiques qu’écologiques ou sociétaux, que nous allons retirer du fait de résoudre cet immense problème qu’il nous est donné d’affronter. Il faut ainsi impérativement redonner du sens, une vision positive et enthousiasmante des transformations à entreprendre afin d’emmener tout le monde avec nous.
 
Dans un second temps, une éducation massive et multi-ciblées sur les enjeux est à mener afin de convaincre indéfectiblement chacun du bien fondé d’agir et de l’urgence temporelle incompressible à laquelle nous faisons face.
 
En parallèle, le monde économique est à convaincre en utilisant leur propre mode de réflexion et de pensée.
 
Une fois cela accompli, le monde politique, très suiviste, sera obligé d’agir avec plus de diligence. Pour être plus concret, en ce qui nous concerne, la priorité des priorités est de tout mettre en œuvre pour sortir – et faire sortir les pays moins avancés – des énergies fossiles. Cela passera par des investissements colossaux et possiblement subventionnés par la force publique dans la recherche et développement permettant des gains énergétiques substantiels, le non utilisation de matériaux superflus dans la production, l’incitation politique aux circuits courts avec un recours aux échanges intercontinentaux réduits au strict minimum et bien évidemment à un développement massif des énergies vertes et renouvelables qui doivent maintenant prendre le relais.
 
2. Comment les innovations technologiques, comme celles développées par des entreprises telles que xAI, peuvent-elles contribuer à des solutions durables pour la préservation de notre planète ?
 
L’IA, quoiqu’on puisse en penser, va devenir un acteur majeur.
 
Les différentes IA pourront se révéler d’une aide potentiellement décisive pour relever les défis futurs. Par leurs puissances de calcul, elles vont permettre un gain de temps phénoménal dans le traitement des données et l’optimisation de la gestion des ressources, que ce soit au niveau des ressources en eau, dans l’agriculture, dans les transports, dans la coordination énergétique ou bien dans les modèles scientifiques qui nous permettront une meilleure compréhension de la planète et donc des solutions appropriées à mettre en place.
 
Chacun peut entrevoir les gains en efficacité et, in fine, les pollutions évitées qui résulteront de cet outil. Il faudra néanmoins être intelligent et inventif afin de placer les centres de calcul dans les emplacements les mieux adaptés. Très ironiquement, c’est l’IA elle-même qui pourra très facilement nous indiquer où s’implanter «physiquement» elle-même afin de minimiser son impact environnemental !
 
A nous donc de nous emparer de cet outil afin d’en retirer son meilleur potentiel.
 
Concernant xAI particulièrement, soulevons la question qui fâche. Son Propriétaire, Elon Musk, est un libertarien extrémiste refusant toute régulation. Le démantèlement de l’EPA (Environmental Protection Agency) par l’administration Trump ne lui a donc posé aucun problème. Nous n’attendons pas grand-chose de xAI, Elon Musk nous ayant habitué par le passé à faire tourner ses entreprises à son propre profit, souvent au détriment du bien commun. Là encore, la science mal utilisée peut se révéler dévastatrice. Il faudra donc se montrer d’une vigilance extrême.
 
3. Quels sont les obstacles les plus importants auxquels font face les initiatives environnementales en France, et comment proposez-vous de les surmonter ?Nous voyons actuellement deux problèmes majeurs : Un au niveau politique et un au niveau individuel.
 
Les partis politiques majeurs, principalement électoralistes, ont intégré la moindre attention portée par les Français aux sujets écologiques voire aux rejets de ces derniers. En conséquence l’incitation à agir est retombée drastiquement. Nous le constatons quotidiennement dans la politique menée actuellement avec par exemple la réintroduction de certains néonicotinoïdes délétère pour les insectes ou les tentatives de reprise en main de certains organismes de contrôle indépendants.
 
Encore plus troublant, certains partis surfent sur ce rejet pour attirer de nouveaux électeurs. Cela est inadmissible et dangereux.
 
Pour faire face, L'Écologie Autrement ! priorise l’éducation et la réaffirmation constante et patiente des consensus scientifiques, seules valeurs qui sont opérantes afin de mettre tout le monde face à ses responsabilités, tant les décideurs que les électeurs.
 
L’autre problème majeur se joue au niveau individuel.
 
Malheureusement le phénomène NIMBY (not in my backyard) joue à plein. De manière générale personne ne peut se dire en défaveur de l’Ecologie en général mais pratiquement tout le monde refusera un projet à côté de chez lui. Nous envisageons deux pistes pour contrer cela. Il faut tout d’abord construire des projets cohérents et de grande ampleur sur des territoires qui sont le plus à même de les accueillir favorablement. La France possède un grand territoire aux zones variées et de nombreuses solutions techniques à retombées économiques intéressantes sont possibles dans nombre d’entre elles. L’autre piste concerne les implantations de moindre ampleur et donc susceptibles d’être déployées plus finement. Il faut impérativement faire changer la perception des ces petites implantations en développant une vision positive et avant gardiste de ces nouveaux équipements. Il faut également mettre l’accent sur le fait que ces équipements seront temporaires, le temps de passer la période critique, que la technique n’en est qu’à ses balbutiements et que des avancées technologiques conséquentes viendront remplacer tout cela. Pour illustrer cet argument, nous pouvons prendre  l’exemple des téléphones portables qui en vingt ans sont passés de gros téléphones à des mini ordinateurs ultra perfectionnés et très design dont personne ne peut se passer.
 
4. La Journée internationale de l'environnement met l'accent sur la sensibilisation. Quelles actions concrètes recommanderiez-vous aux citoyens pour adopter un mode de vie plus respectueux de l'environnement au quotidien ?
 
La sensibilisation, c’est bien; l’éducation c’est mieux.Nous pensons que les gens sont déjà amplement sensibilisés et que ceux qui ne sont pas réceptifs aux messages répétés à grande échelle depuis une quinzaine d’année seront malheureusement très difficiles à convaincre car ils ne souhaitent pas le changement. Or, maintenant, il est temps de passer à la vitesse supérieure.
 
Au plan individuel, une prise de conscience de de la gabegie des ressources est obligatoire. Cette dernière permet de faire les choix les plus adaptés à notre conscience environnementale et climatique. Elle permet, dans tout acte de la vie quotidienne, de choisir entre des comportements vertueux ou non, quelque soit son niveau de revenu. Evidemment cela demande un léger effort intellectuel. Par exemple, malgré la vague de chaleur estivale, fais-je installer un climatiseur ou non ? Ne pas le faire n’offre que des bénéfices : pas de dépenses énergétiques et matérielles pour la fabrication du dit climatiseur, économie d’un coût d’achat substantiel, économie sur la future facture d’électricité, économie sur les réparations éventuelles et le recyclage final de l’appareil. D’autant qu’il existe des alternatives bien moins énergivores : augmentation de l’humidité des habitations par la disposition de bacs d’eau couplée à l’utilisation d’un simple ventilateur lorsque la chaleur s’intensifie. Cette solution nécessite une information du public donc une forme d’éducation à lécologie. L'Écologie Autrement ! y travaille résolument.
 
5. Face à l'urgence écologique, comment encourager une collaboration internationale efficace pour atteindre les objectifs de développement durable, notamment dans les domaines de la biodiversité et de la réduction des émissions ?
 
Ceci est la question cruciale. Tout changement ne pourra s’opérer qu’à l’échelle internationale. Malheureusement nos hommes politiques sont la plupart du temps largement ignorant des questions écologiques.
 
En France, il y a à peine quelques années, le gouvernement, par affichage électoraliste, avait décrété que chaque membre du gouvernement devait suivre 20 heures de cours sur les questions écologiques. Nous savons aujourd’hui que ces formations, quand entamées, n’ont pas été menées à bout par les apprenants et que, de l’avis même des formateurs, les connaissances des ministres en la matière étaient proches du néant. Cela est édifiant et prouve la non adéquation de nos dirigeants avec l’époque dans laquelle nous vivons. Si l’on voulait être cruel, nous pourrions les qualifier de «dinosaures». Et l’on sait ce qui est arrivé aux dinosaures…
 
Afin d’encourager une coopération internationale, il faut faire comprendre à nos dirigeants que les impacts de toute action ont des répercutions à l’échelle de la planète entière et que la non action produira des effets boomerangs dévastateurs.
 
Toutes les études scientifiques, démographiques, climatiques, économiques liées à l’écologie sont disponibles, il est donc malhonnête pour notre génération de dire que nous ne sommes pas au courant. Il est triste que la cécité et l'irresponsabilité de nos dirigeants nous mettent en grand danger.
 
Il est temps de leur ouvrir les yeux.


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