27 Apr 2025

Interview d'Alexis Boudaud Anduaga, fondateur de L'Écologie Autrement

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Alexis Boudaud Anduaga

Français

La guerre déplace les priorités politiques et économiques, réduisant les financements et les efforts en faveur du climat.

Quels sont les principaux impacts environnementaux à court et à long terme des conflits armés, comme la guerre en Ukraine ?
 
À long terme, le désastre environnemental est inéducable notamment vis à vis du rôle prédominant du nucléaire civil et militaire.
 
En tant qu’écologistes nous avons un rôle éminent à jouer. Et un rôle bien plus important que ce qu’il y paraît car la guerre en Ukraine ne peut pas être gagnée sans un contenu écologiste. 
 
La paix a été perdue. La paix a été perdue par ceux qui font de la production et de la croissance le but ultime. La paix est perdue, par ceux qui se sont enfermés dans une logique de course à la croissance au sens factuel du terme. 
 
Quand on achète du gaz russe pendant des années, on crée le trésor qui permet à Poutine d’engager la guerre en Ukraine. On ne peut pas d’une main acheter le gaz de Poutine, ou le gaz de schiste de Trump, et de l’autre pleurer sur le sort du peuple ukrainien sous les bombes ou sur le sort du peuple ukrainien quand il se fait molester dans le bureau ovale à la Maison-Blanche.
 
Comment les guerres influencent-elles la biodiversité, les écosystèmes locaux et les infrastructures essentielles comme l'eau, l'énergie et les transports ?
 
Au-delà de la biodiversité annihilée en période de conflit, l’invasion russe se fait à l’ombre d’une rhétorique nucléaire qui a empêché un engagement direct de l’Europe et des États-Unis au point de départ en 2022. Il n’a échappé à personne dans le monde, dans tous les pays, que l’Ukraine n’a pas l’arme nucléaire depuis 1994 où elle a rendu les 1700 ogives nucléaires dont elle disposait en échange d’une garantie de sécurité des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni, etc. 
 
Cette réalité, et la manière dont Poutine manie la rhétorique nucléaire depuis le début du conflit, ouvrent une nouvelle période extrêmement dangereuse en termes de risques nucléaires et de prolifération nucléaire. 
 
La Chine augmente son arsenal de façon considérable. L’Iran veut toujours avoir la bombe atomique. Et maintenant, la Pologne et d’autres veulent aussi soit l’installation de missiles chez eux, soit la bombe atomique directement. On pourra évidemment revenir dans la conversation sur les questions de dissuasion. La situation sur le plan militaire est aussi marquée par l’extension de la guerre et la militarisation de tous les domaines et de tous les espaces.
 
En quoi les conflits peuvent-ils aggraver des problématiques environnementales préexistantes telles que la pollution, la gestion des ressources naturelles ou le changement climatique ?
 
Les conflits ont inexorablement des effets aggravants sur les problématiques environnementales préexistantes : la gestion des ressources naturelles est chaotique notamment avec la surexploitation et le pillage des minerais ainsi que de l’eau sans aucune régulation. 
 
De plus, les ressources énergétiques sont détournées : l’exemple du nucléaire est flagrant en Ukraine. Les terres agricoles deviennent des leviers stratégiques et des objectifs militaires à des fins de contrôle.
 
Les autorités locales étant mobilisées par la guerre, les politiques de protection de l’environnement sont suspendues ou deviennent inopérantes. Les pillages se multiplient en accentuant le changement climatique (combustibles fossiles, incendies, destruction de végétation).
 
Le recul des politiques climatiques est indéniable : La guerre déplace les priorités politiques et économiques, réduisant les financements et les efforts en faveur du climat.
 
Ainsi, les conflits exacerbent les crises environnementales en compromettant durablement les capacités de résilience des écosystèmes et des sociétés humaines.
 
Quel rôle les pays comme la France peuvent-ils jouer pour limiter les conséquences environnementales des conflits et encourager des solutions durables ?
 
En portant la question de l’environnement dans les instances internationales (ONU, UE, COP), la France peut pousser à la reconnaissance des crimes environnementaux qui va de pair avec les crimes de guerre. Tout écologiste est condamné à se battre pour la liberté à tout prix.
 
Nous assumons entièrement la nécessité d’être partie prenante de la bataille en cours contre Poutine, contre Trump, car c’est la bataille contre ceux que nous appelons les Destructeurs et leur idéologie totalitaire. Tout écologiste est condamné à se battre pour la liberté. Il n’y a aucune écologie possible sans démocratie. Et c’est le combat pour la défense de la démocratie qui est à l’ordre du jour. 
 
La France a les moyens de peser sur le plan international pour prévenir, limiter et réparer les dégâts environnementaux liés aux conflits, à condition d’agir de manière cohérente entre sa diplomatie, son aide au développement, sa politique commerciale et son engagement écologique.
 
L’Écologie Autrement ! se bat donc pour la paix. Les tenants de la course à la croissance ont perdu la paix. 
 
C’est la fin de l’ère ultralibérale de la mondialisation commerciale généralisée et avec pas seulement une sorte de retour des empires, mais l’avènement d’une nouvelle domination, qui est l’âge de la firme-gouvernement ou de la compagnie-État, avec des prérogatives souveraines ou une souveraineté fonctionnelle, avec un objectif qui est un objectif de démantèlement de l’État de droit et de la démocratie, en organisant le remplacement du gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, par le gouvernement du monopole des algorithmes et des plateformes de réseaux sociaux, sur l’économie, sur la culture, sur l’information, sur tout !
 
Une démocratie éclairée repose sur des citoyens informés. Investir dans une éducation de qualité, dans les médias libres et l’accès à une information fiable est essentiel pour contrer les discours simplistes, manipulateurs ou haineux.
 
L’Écologie Autrement ! croit à l’esprit critique, la pensée complexe et le dialogue qui, dès l’école, permettent de bâtir des citoyens capables de résister aux dérives autoritaires ou populistes.


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