01 Jul 2025

Interview d'Alexis Boudaud Anduaga, fondateur de L'Écologie Autrement

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Alexis Boudaud Anduaga

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La guerre ne tue pas seulement par les armes, elle tue aussi par la destruction silencieuse de l’environnement

Alors que le cessez-le-feu fragile entre Israël et l’Iran peine à contenir un conflit d’une ampleur inédite, les projecteurs restent braqués sur les enjeux militaires, diplomatiques et énergétiques. Pourtant, un autre front, silencieux et souvent ignoré, se dessine : celui de l’environnement. Dans cette guerre moderne, les bombes ne font pas que des morts humains — elles frappent aussi les sols, l’eau, la biodiversité, et les écosystèmes déjà fragiles du Moyen-Orient.
 
Alexis Boudaut, expert en écologie politique et porte-voix du collectif L’Écologie Autrement !, alerte sur une catastrophe environnementale en gestation. Pour lui, la destruction des infrastructures industrielles, la militarisation massive et l’usage d’armes sophistiquées sont autant de menaces écologiques majeures, dont les effets pourraient être irréversibles. Au micro de notre rédaction, il déchiffre les impacts invisibles de cette guerre sur le Vivant — et appelle à une réponse juridique et diplomatique mondiale à la hauteur des enjeux.
 
 
1. Selon vous, quels sont les principaux impacts environnementaux potentiels d'un conflit armé entre l'Iran, Israël et les États-Unis ?
 
Un tel conflit provoquerait une crise environnementale aiguë, doublée d’une bombe à retardement écologique. Même limité dans le temps, ses effets seraient durables sur les populations civiles et la biodiversité régionale.
 
Les installations pétrolières, pétrochimiques, nucléaires ou industrielles (nombreuses en Iran) seraient des cibles. Leur destruction libérerait des hydrocarbures avec un risque de marées noires, de pollutions des sols et des eaux) ainsi que des produits chimiques toxiques (dioxines, métaux lourds). Des incendies massifs sont à craindre également comme les puits de pétrole brûlés lors de la guerre du Golfe en 1991.
 
Des zones sensibles notamment le Golfe Persique et la mer d'Oman, véritables patrimoines naturels du Vivant pour la biodiversité marine, sont menacées par l'afflux de navires militaires et des éversements toxiques pouvant affecter toute la chaîne alimentaire marine. 
 
2. Pensez-vous que les armes utilisées dans ces guerres modernes pourraient causer des dommages irréversibles aux écosystèmes locaux ?
 
Oui, certaines armes modernes peuvent causer des dommages irréversibles aux écosystèmes locaux, en particulier dans un conflit impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, où l’échelle et la sophistication de l’arsenal sont très élevées. Les premières frappes américaines ayant ciblé les infrastructures souterraines construites sous une montagne montrent les conséquences de l'utilisation de ces bombes à haute puissance explosive (bunker busters, missiles de nouvelles générations ...)
 
L'Écologie Autrement ! alerte sur l'utilisation de ces armes modernes, qui par leur puissance et leur capacité à contaminer l’environnement, peuvent anéantir des écosystèmes entiers de façon irréversible. Des effets en cascade sur la chaîne alimentaire voient le jour avec la destruction des pollinisateurs (abeilles, insectes), des oiseaux ou des poissons. Ce chaos environnemental déséquilibre un écosystème entier. Si les prédateurs ou les espèces-clés disparaissent, cela mène à l’effondrement écologique local et du Vivant. Le Golfe Persique et certaines zones montagneuses tels que Zagros et Elbourz abritent des espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
 
3. Comment les populations civiles sont-elles affectées par la dégradation de l’environnement dans les zones de guerre ?
 
Les populations civiles sont gravement et durablement affectées par la dégradation de l’environnement dans les zones de guerre. Ces effets vont bien au-delà des combats directs : ils touchent l’eau, la nourriture, la santé, l’économie et même la survie à long terme avec une menace non seulement sur la biodiversité, mais aussi sur les moyens de subsistance des populations locales (agriculture, eau, alimentation). 
 
La guerre ne tue pas seulement par les armes. Elle tue aussi par l'insécurité alimentaire due à la destruction de l’environnement, des terres agricoles, des canaux d’irrigation et des cultures.
 
4. Voyez-vous un lien entre la militarisation croissante au Moyen-Orient et l’accélération du changement climatique régional ?
 
Oui, il existe un lien clair et préoccupant entre la militarisation croissante au Moyen-Orient et l’accélération du changement climatique régional. Ces deux dynamiques s’alimentent mutuellement et créent un cercle vicieux de dégradation environnementale, d’instabilité politique et de tensions humaines.
Les zones arides du Moyen-Orient sont extrêmement vulnérables au dérèglement climatique (sécheresses, canicules, raréfaction de l’eau). En détruisant les nappes phréatiques et les réseaux d’irrigation, une accélération de la désertification aura lieu, ce qui réduit la résilience climatique locale et rend l’adaptation presque impossible.
Les armées sont parmi les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre au monde. L’armée américaine émet à elle seule plus de CO₂ que de nombreux pays réunis. La combustion massive d'hydrocarbures et l'extrême activité industrielle sur les bases militaires en sont le résultat sinéquanone. 
 
5. Quelles seraient, selon vous, les mesures internationales les plus urgentes pour limiter les effets écologiques de ce type de conflit ?
 
Les conflits ne peuvent plus être traités uniquement sous l’angle militaire ou géopolitique. Ils doivent être pensés aussi comme des catastrophes écologiques. C’est pourquoi la protection de l’environnement en temps de guerre doit devenir une priorité diplomatique mondiale, au même titre que les droits humains.
 
L'Écologie Autrement! appelle non seulement à soutenir l’initiative de la Cour pénale internationale (CPI) pour inclure les dommages écologiques massifs dans sa juridiction mais aussi à intégrer l’environnement dans le droit international humanitaire. Il s'agit désormais de renforcer les conventions de Genève et les protocoles additionnels pour y inclure clairement 
 
    l’interdiction d’attaques visant des écosystèmes critiques (zones humides, nappes phréatiques, forêts, zones protégées),
    la reconnaissance du “crime d’écocide” comme crime de guerre.
 


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