Alors que la France s’apprête à reconnaître l’État de Palestine, l’historien Édouard Husson alerte sur l’urgence d’intégrer la question environnementale dans le débat sur Gaza
Comment la reconnaissance de la Palestine par la France, annoncée pour septembre 2025, pourrait-elle influencer les efforts pour protéger l'environnement dans la région ?
Vous avez raison d'évoquer les dégâts environnementaux causés par les guerres d'Israël depuis des décennies. C'est un sujet qui n'est quasiment pas évoqué. Jusqu'en 1948, la Palestine était une terre magnifique, dont les habitants vivaient en harmonie avec la nature. Les juifs israéliens ont modernisé le pays, conquis des terres sur le désert, développé une agriculture à l'occidentale, construit de grandes villes, des routes et des autoroutes. Je ne suis pas hostile à la modernisation a priori. Mais je remarque comment, de fait, les Israéliens ont dégradé les paysages, chassé les modes d'agriculture traditionnels, asséché bien des puits dans le désert…Surtout, la militarisation croissante du pays et l'apartheid imposé aux Palestiniens ont conduit à construire des centaines de kilomètres de mur, pour séparer les Palestiniens des Juifs. Pensons aussi aux milliers d'oliviers arrachés au fur et à mesure de la colonisation des terres. Si vous y ajoutez les destructions permanentes, les bombardements de Gaza, à propos desquelles on ne sait pas de quels produits sont chargées les bombes….
Quels sont, selon vous, les impacts environnementaux les plus graves de la guerre à Gaza, notamment sur l'eau et les sols ?
Rien n'exclut que les Israéliens aient employé, par exemple, de l'uranium appauvri. On peut supposer aussi que de l'amiante ait été libéré, en même temps que les bâtiments étaient détruits. Et puis pensez à la destruction, par extension de la zone de sécurité, de nombreuses terres jusque-là cultivées. Au saccage des points d'eau. Pensez aux innombrables carcasses de véhicules militaires israéliens qui ont été détruits par la guérilla palestinienne et qui resteront dans le paysage. J'ajoute que tout le projet israélo-américain de colonisation et d'exploitation de Gaza serait une atteinte de plus à l'écosystème de la Terre Sainte : fin de la pêche artisanale, exploitation des hydrocarbures au large des côtes, mise en place d'une ou plusieurs "smart cities" particulièrement énergivores. Même à présent, pensez à l'énergie phénoménale dépensée pour faire tourner les serveurs d'IA qui permettent d'identifier les cibles civiles à tuer.
En tant qu’historien, pensez-vous que les crises environnementales à Gaza, comme la famine et la malnutrition, pourraient devenir un levier pour une mobilisation internationale ?
La figure de Greta Thunberg illustre bien la sensibilité des défenseurs de l’environnement à la cause palestinienne. Cependant, je crains que le thème ne soit pas assez mobilisateur, faute d'imagination. Les gens sont plus directement émus par les photos des bombardements ou les vidéos de la famine. Ceci ne veut pas dire que vous ne deviez pas parler des atteintes à l'environnement par le gouvernement et 'larmée israélienne. Il faut travailler le dossier et voir par exemple s'il y aurait lieu d'ajouter "l’écocide" à l'enquête sur les crimes de guerre israéliens.
Comment la France pourrait-elle intégrer des priorités environnementales, comme la reconstruction écologique, dans son soutien à la Palestine post-conflit ?
C'est un sujet dont il faudrait parler avec Aymeric Caron ou d'autres élus de gauche au parlement français ! Non pas que le thème ne m'intéresse pas mais je ne suis pas aussi qualifié qu'eux pour en parler. En tout cas, vous avez entièrement raison : il faut présenter un projet de reconstruction de Gaza pour les Palestiniens qui soit un projet modèle, respectueux de l'environnement, s'appuyant aussi bien sur les technologies les plus propres que sur des savoir-faire palestiniens ancestraux.