Guerre

16 Mar 2026

Un précédent dangereux des États-Unis : comment l’attaque contre l’usine de dessalement de Qeshm pourrait priver toute la région d’eau potable

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Thomas Durand

Dans le contexte des récents affrontements entre les États-Unis et Israël d’une part et l’Iran d’autre part, des informations ont fait état d’une frappe des forces américaines contre l’installation de dessalement d’eau de l’île de Qeshm, en Iran. Cet acte est largement considéré comme une étape extrêmement dangereuse et contraire à l’éthique dans la conduite des guerres, car il vise la destruction d’infrastructures essentielles à la vie dans la région.

Une telle attaque n’endommage pas seulement une infrastructure vitale pour l’Iran ; elle modifie également de manière profonde les perspectives d’escalade des tensions dans toute la région. Elle illustre l’un des nouveaux défis de la guerre moderne, où le ciblage des infrastructures hydriques peut rapidement perturber la vie quotidienne de millions de personnes.

Les installations de dessalement du golfe Persique constituent l’épine dorsale de l’approvisionnement en eau urbaine. Des villes comme Dubaï, Abou Dhabi, Koweït et Doha dépendent fortement de ces infrastructures. Les dommages causés à une grande installation ne menacent pas seulement l’accès à l’eau potable, mais aussi les systèmes de santé publique, la production alimentaire, les industries et, plus largement, l’économie de ces métropoles.

Si le pétrole a longtemps symbolisé la richesse et la puissance dans le Golfe, le XXIᵉ siècle montre que l’eau dessalée joue désormais un rôle tout aussi vital dans la survie et la stabilité des sociétés urbaines de la région.

L’attaque contre l’installation de Qeshm, même si elle reste limitée, constitue un avertissement majeur quant à la vulnérabilité de ces infrastructures face aux guerres contemporaines. Contrairement au pétrole, les systèmes d’approvisionnement en eau ne peuvent être contournés ni remplacés rapidement. Leur réparation ou leur reconstruction peut prendre des semaines, voire des mois.

De telles actions pourraient donc avoir des conséquences humaines et économiques considérables, tout en augmentant le risque d’extension des hostilités à d’autres infrastructures hydriques essentielles au Moyen-Orient.

Cet épisode soulève également une question cruciale concernant la sécurité des infrastructures vitales dans un monde marqué à la fois par le changement climatique et par des tensions géopolitiques croissantes. Les installations qui soutenaient autrefois la vie moderne deviennent aujourd’hui des cibles directes des conflits et des instruments de pression dans les guerres futures.

La protection des installations de dessalement n’est donc pas seulement une préoccupation locale : elle s’inscrit dans un défi mondial. L’ampleur de la dépendance régionale est considérable. Environ 100 millions de personnes dans la grande région dépendent directement de l’eau dessalée.

La péninsule Arabique à elle seule représente une part importante de la capacité mondiale de dessalement, et dix des plus grandes installations de la planète sont concentrées le long des côtes du golfe Persique et de la mer Rouge. Avec l’aggravation de la pénurie d’eau dans la région, cette dépendance devrait encore s’accentuer. Or, une dépendance accrue signifie également une vulnérabilité accrue.

Garantir la sécurité de ces ressources vitales devient donc un défi majeur dans un contexte de raréfaction de l’eau et de tensions environnementales croissantes.

Historiquement, les infrastructures hydriques ont toujours été vulnérables en période de conflit. De l’Irak à la Syrie, en passant par le Yémen, des installations de traitement de l’eau, des stations de pompage et des réservoirs ont été endommagés ou ciblés au cours des guerres.

Le droit international humanitaire reconnaît ce danger. L’article 54(2) du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949, relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, stipule clairement :

« Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile, tels que les denrées alimentaires, les zones agricoles, les cultures, le bétail, les installations et réserves d’eau potable ainsi que les ouvrages d’irrigation, dans le but d’en priver la population civile ou la partie adverse. »


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