Guerre

16 Mar 2026

Guerre et environnement : le coût humain et écologique du conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis

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Julien Bonnot

Les conséquences invisibles d’une guerre moderne

Julien Bonnot
Genève

Les conflits contemporains sont généralement analysés à travers les équilibres militaires, les alliances stratégiques et les rivalités entre puissances. Pourtant, les guerres modernes produisent également des conséquences durables sur les populations civiles et sur les écosystèmes.

La guerre actuellement en cours entre l’Iran, l’Israël et les États-Unis illustre cette dimension souvent sous-estimée.

Au-delà des objectifs militaires immédiats, les infrastructures énergétiques, les ressources hydriques et les systèmes agricoles deviennent des victimes indirectes du conflit. Les populations civiles subissent quant à elles les effets sanitaires, économiques et sociaux d’une guerre qui transforme leur environnement.

Destruction des infrastructures énergétiques

Les infrastructures énergétiques figurent parmi les premières cibles des conflits contemporains.

L’Iran produit environ 3,2 millions de barils de pétrole par jour et possède les quatrièmes réserves mondiales, estimées à plus de 208 milliards de barils¹.

Les frappes contre des raffineries, dépôts de carburant et complexes pétrochimiques peuvent provoquer des incendies industriels libérant :

  • dioxyde de soufre
  • oxydes d’azote
  • hydrocarbures aromatiques
  • particules fines.

L’histoire récente montre l’ampleur possible de ces catastrophes. Lors de la Guerre du Golfe, les forces irakiennes ont incendié 605 puits de pétrole au Koweït, libérant jusqu’à 6 millions de barils de pétrole par jour dans l’atmosphère pendant plusieurs mois².

Ces incendies ont émis environ 500 millions de tonnes de CO₂, soit l’équivalent des émissions annuelles de certains pays industrialisés.

Pollution atmosphérique et santé publique

Les frappes industrielles provoquent également des conséquences sanitaires importantes.

La capitale iranienne Téhéran, qui compte près de 9,5 millions d’habitants, souffre déjà d’une pollution atmosphérique chronique.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la pollution de l’air provoque plus de 4 000 décès prématurés par an dans la ville³.

Les incendies industriels libèrent notamment :

  • benzène
  • hydrocarbures aromatiques polycycliques
  • métaux lourds.

Ces polluants augmentent fortement les risques de maladies respiratoires, cardiovasculaires et cancéreuses.

Ressources en eau et vulnérabilité régionale

Le Moyen-Orient constitue l’une des régions les plus exposées au stress hydrique.

Selon la Banque mondiale, 12 des 17 pays les plus touchés par la pénurie d’eau dans le monde se situent dans la région⁴.

La disponibilité moyenne d’eau par habitant y est six fois inférieure à la moyenne mondiale.

L’Israël dépend fortement du dessalement pour son approvisionnement en eau potable : plus de 70 % de l’eau potable du pays provient d’usines de dessalement.

Ces installations alimentent plus de 9 millions d’habitants et constituent des infrastructures critiques en cas de conflit.

Contamination des sols et agriculture

Les opérations militaires produisent également une contamination durable des sols.

Les munitions libèrent dans l’environnement :

  • métaux lourds
  • explosifs résiduels
  • fragments métalliques.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, dans certaines zones de conflit jusqu’à 30 % des terres agricoles peuvent être contaminées ou dégradées⁵.

En Irak, après les guerres de 1991 et 2003, certaines terres agricoles ont mis plus de quinze ans à retrouver leur productivité.

Les conséquences humanitaires

Les populations civiles restent les premières victimes des conflits.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, les conflits au Moyen-Orient ont provoqué plus de 38 millions de déplacés depuis 2010⁶.

La guerre en Syrie a généré :

  • 6,8 millions de réfugiés
  • plus de 6,7 millions de déplacés internes.

Plus de 50 % des infrastructures hospitalières syriennes ont été endommagées ou détruites pendant le conflit.

Comparaison avec d’autres guerres récentes

Les conflits modernes montrent que les conséquences écologiques peuvent être durables.

Guerre en Ukraine

La guerre entre l’Ukraine et la Russie a provoqué la destruction de nombreuses installations industrielles et énergétiques.

Selon certaines estimations, le conflit a déjà généré plus de 175 millions de tonnes d’émissions de CO₂.

Guerres en Irak

Les conflits en Irak ont laissé plus de 25 millions de tonnes de débris militaires et industriels, contaminant certaines zones urbaines et agricoles.

Guerre en Syrie

Le conflit syrien a provoqué la destruction de plus de 40 % des infrastructures hydriques du pays, aggravant la crise humanitaire.

Risque nucléaire

La dimension nucléaire constitue l’un des risques les plus sensibles du conflit.

Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, les principales installations nucléaires iraniennes ne semblent pas avoir été directement détruites pour l’instant.

Cependant, une frappe sur des installations contenant des matières radioactives pourrait provoquer :

  • une contamination durable des sols
  • une pollution des nappes phréatiques
  • des retombées atmosphériques régionales.

Émissions carbone de la guerre

La guerre produit également un coût climatique direct.

Les opérations aériennes, les ravitaillements en vol, les mouvements logistiques, les incendies industriels et la destruction d’infrastructures énergétiques génèrent des émissions importantes de dioxyde de carbone.

Pour l’aviation militaire, on estime qu’un kilogramme de carburant aviation brûlé produit environ 3,16 kilogrammes de CO₂.

Un avion de combat F-35A peut emporter environ 8,4 tonnes de carburant.

Dans cette hypothèse, une seule sortie peut produire environ 26 tonnes de CO₂.

Ainsi :

  • 12 sorties aériennes ≈ 312 tonnes de CO₂
  • 24 sorties ≈ 624 tonnes de CO₂
  • 48 sorties ≈ plus de 1 200 tonnes de CO₂

Ces estimations restent minimales, car elles n’incluent ni les avions ravitailleurs, ni les transports militaires, ni les incendies d’infrastructures pétrolières.

Perturbations énergétiques mondiales

La guerre affecte également les marchés énergétiques mondiaux.

Le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages maritimes les plus stratégiques du monde.

Chaque jour, environ 21 millions de barils de pétrole, soit près de 20 % du commerce mondial, transitent par ce détroit⁷.

Toute perturbation majeure de cette route maritime peut provoquer une hausse significative des prix de l’énergie.

Conclusion : les guerres du XXIᵉ siècle et la destruction écologique

La guerre entre l’Iran, l’Israël et les États-Unis ne constitue pas seulement un affrontement militaire ou stratégique.

Elle illustre une transformation plus profonde de la nature des conflits contemporains.

Les guerres du XXIᵉ siècle ne détruisent plus seulement des armées ou des infrastructures. Elles détruisent également des écosystèmes entiers.

La pollution industrielle, la contamination des sols, les perturbations hydriques et les risques radiologiques montrent que les conséquences environnementales des conflits peuvent se prolonger pendant des décennies.

Dans les conflits modernes, les populations civiles et les écosystèmes apparaissent ainsi comme les victimes les plus durables de la guerre.

 

Références
    1.    Agence internationale de l’énergie, statistiques mondiales sur la production pétrolière.
    2.    Programme des Nations unies pour l’environnement, Environmental Consequences of the Gulf War, 1991.
    3.    Organisation mondiale de la santé, données sanitaires sur la pollution atmosphérique.
    4.    Banque mondiale, Water Scarcity in the Middle East and North Africa.
    5.    Programme des Nations unies pour l’environnement, rapports sur l’impact environnemental des conflits.
    6.    Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, statistiques sur les déplacés.
    7.    U.S. Energy Information Administration, données sur le commerce pétrolier mondial.


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