08 Apr 2026
Sarah Rahman
Activiste
Dans la tradition iranienne, le « chehelom » (ou « arbaïn ») désigne la cérémonie commémorative organisée quarante jours après le décès d’une personne. Profondément ancrée dans les pratiques religieuses, historiques et sociales, cette coutume constitue à la fois un moment de deuil, de souvenir et de solidarité collective.
En Iran, un rassemblement nocturne en soutien aux forces armées. TABNAK
Alors que l’Iran observe le 40e jour (chehelom) de la mort du Guide suprême, Ali Khamenei, survenue lors des frappes initiales du conflit, un cessez-le-feu fragile a été conclu entre Téhéran, Washington et Tel Aviv. Ce fragile accord de deux semaines, intervenu in extremis avant une nouvelle escalade annoncée, intervient après plus d’un mois d’hostilités.
Les autorités iraniennes dénoncent toujours la guerre illégale en Iran lancée par les États-Unis et Israël, qualifiant les opérations conjointes de crimes de guerre américano-israéliens en Iran et au Liban. Des frappes sur des infrastructures civiles, des sites énergétiques et des zones urbaines ont été pointées du doigt par plusieurs experts internationaux et organisations humanitaires.
Malgré le cessez-le-feu, des tensions persistent, notamment autour du Liban et du détroit d’Ormuz. Le pays reste plongé dans une période de deuil national, avec des appels à la vigilance face à la précarité de la trêve.
C’est quoi, le chehelom ?
Dans la tradition iranienne, le « chehelom » (ou « arbaïn ») désigne la cérémonie commémorative organisée quarante jours après le décès d’une personne. Profondément ancrée dans les pratiques religieuses, historiques et sociales, cette coutume constitue à la fois un moment de deuil, de souvenir et de solidarité collective.
Origines historiques et religieuses
Le concept du quarantième jour trouve ses racines dans les traditions islamiques, en particulier dans le chiisme. L’exemple le plus emblématique est la commémoration du quarantième jour du martyre de l’imam Hussein lors de la bataille de Karbala en 680. Cet événement, connu sous le nom d’« Arbaïn », a fortement contribué à sacraliser le nombre quarante comme symbole d’accomplissement d’une période de deuil.
Symbolique du nombre quarante
Dans les cultures iranienne et islamique, le nombre quarante revêt une dimension hautement symbolique. Il marque souvent l’achèvement d’un cycle, une transformation spirituelle ou la fin d’une phase de transition. Ainsi, le quarantième jour après un décès est perçu comme une étape clé pour honorer la mémoire du défunt et accompagner les proches dans leur processus de deuil.
Déroulement de la cérémonie
La cérémonie du chehelom se tient généralement au domicile du défunt, dans une mosquée ou sur sa tombe. Elle comprend habituellement :
Dans certaines régions, cette journée marque également la fin officielle du port du deuil strict, notamment les vêtements noirs.
Fonctions sociales et psychologiques
Au-delà de sa dimension religieuse, le chehelom joue un rôle essentiel dans la gestion du deuil :
Variations régionales
Bien que largement répandue en Iran, cette tradition présente des variations selon les régions, les milieux sociaux et les pratiques familiales. Certaines cérémonies sont solennelles et élaborées, tandis que d’autres restent plus sobres.
Le chehelom illustre la manière dont la société iranienne appréhende le deuil comme une expérience à la fois intime et collective. À la croisée de la religion, de la culture et du lien social, cette tradition témoigne d’un rapport profond à la mémoire, au temps et à la solidarité humaine.
Dimensions positives et compatibles avec l’environnement
Dans de nombreux cas, notamment dans les traditions plus anciennes ou en milieu rural, la cérémonie du chehelom s’accompagne d’une certaine sobriété et d’un souci d’éviter le gaspillage :
Le chehelom n’est pas, par essence, un rituel environnemental. Toutefois, ses modalités de mise en œuvre peuvent le rendre soit compatible avec les exigences écologiques, soit problématique à cet égard. Autrement dit, cette tradition possède le potentiel d’être réinterprétée à l’aune des principes de durabilité et de responsabilité environnementale, sans pour autant s’éloigner de ses fondements culturels et spirituels.
Quelle était la politique environnementale de l'ancien guide suprême iranien ?
Ali Khamenei a accordé une place notable à la question environnementale dans son discours officiel, la présentant comme un devoir national, islamique et stratégique plutôt qu’une simple formalité. Le 17 novembre 2015, il a promulgué les politiques générales de l’environnement (en application de l’article 110 de la Constitution), adressées aux trois pouvoirs. Ces directives, parmi les plus complètes émises par le Guide suprême, prévoyaient notamment :
Extrait des propos de l’ancien Guide suprême iranien sur l’environnement
Interdiction de la chasse récréative dans la loi islamique : « Un autre aspect essentiel en matière de protection de l’environnement concerne la préservation de la faune sauvage. Faire preuve d’indifférence à l’égard des animaux vivant à travers le pays — dans les forêts, les déserts et les plaines — constitue sans aucun doute une atteinte aux intérêts nationaux. La question de la chasse illégale doit être prise très au sérieux. Selon la loi sacrée de l’islam, la chasse n’est autorisée que dans le cas où elle répond à un besoin de subsistance. En dehors de cette nécessité, elle n’est nullement permise ; d’un point de vue religieux, aucune autorisation n’est accordée pour chasser. Comme le soulignent les ouvrages de jurisprudence islamique (fiqh), la prière effectuée lors d’un voyage entrepris pour la chasse doit être accomplie en totalité — ce qui signifie que ce voyage est considéré comme illicite. Autrement dit, un tel acte est répréhensible sur le plan religieux. Cette question mérite donc une attention particulière : la préservation de la faune sauvage revêt une importance capitale. »
Dégradation des sols : « La question des sols est encore plus importante que celle de l’eau. Certes, nous faisons face à une pénurie d’eau — un problème majeur —, mais il existe de nombreuses solutions pour en assurer l’approvisionnement. En revanche, pour produire ou restaurer des sols fertiles, de telles solutions n’existent pas. Ainsi, la négligence à l’égard des principes fondamentaux de la protection de l’environnement peut, à certains moments, engendrer de telles difficultés. Les dommages qui en résultent ne sont pas de ceux que l’on peut aisément réparer ; ils sont, en réalité, irréversibles. »
Atteintes aux forêts et aux pâturages : « Malheureusement, dans différentes régions du pays, ces forêts denses et luxuriantes du nord sont parfois l’objet de pillage et de dévastation, et parfois livrées à la négligence et au manque d’attention. J’insiste : ne permettez aucune atteinte ni empiètement sur ces forêts. »
Tous ensemble : « La protection et le respect de l’environnement sont une responsabilité gouvernementale. Bien entendu, le peuple a également un rôle à jouer : il peut contribuer activement et collaborer efficacement. La condition essentielle est que les institutions étatiques prennent cette question sérieusement. Si elles font preuve de sérieux et d’engagement, le peuple les soutiendra et coopérera pleinement. »
Environnement et culture : « La préservation de l’environnement doit devenir une composante intégrante de la culture populaire. »
Plantation d’arbres : « Chaque année, lors de la Semaine de la plantation d’arbres ou à l’occasion de journées dédiées à l’environnement, nous plantions symboliquement un ou deux arbres ici. C’était un acte destiné à sensibiliser le public à la question de la plantation d’arbres, et cela n’a pas été sans effet. Ces dernières années, une attention particulière a été portée à la plantation d’arbres, notamment dans certaines régions du pays, y compris à Téhéran. »
Sensibilisation dès l’enfance à l’environnement : « Dans les manuels scolaires, nos enfants doivent comprendre dès leur plus jeune âge l’importance des pâturages, des forêts, de l’air, de l’eau, des sols, de la mer et des autres ressources naturelles, et développer une sensibilité envers leur préservation. »
Espaces verts : « Nous devons demander à tous les responsables et à chaque citoyen d’accorder de l’importance aux espaces verts et de veiller à ce que le pays, la nation et la vie des habitants ne soient pas privés de cette aide divine et de ce grand bienfait du Créateur. »
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