Crise politique

02 Feb 2026

Écologistes, autochtones, scientifiques... À Minneapolis, ils résistent aussi à l’ICE

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Tired Earth

Par la rédaction

Ciblée par l’ICE, la police de l’immigration de Donald Trump, la ville de Minneapolis est le terrain d’une résistance portée par des militants écologistes, des peuples autochtones, des scientifiques et des collectifs citoyens.

Par Théo Quintard, Reporterre.net


 

Sous les néons du Pow Wow Grounds Coffee, les lattes et autres cappuccinos glacés se mêlent aux pamphlets anti-ICE, la largement détestée police de l’immigration de Donald Trump. Niché au cœur de l’un des quartiers les plus multiculturels du sud de Minneapolis, ce café, à la devanture rouge pétante, est devenu un point de convergence.

Depuis le début de l’opération Metro Surge en décembre 2025 et le déploiement de 3 000 agents fédéraux, des membres de tribus autochtones, militants écologistes, activistes pour la justice raciale et collectifs citoyens s’y organisent face aux pratiques de l’ICE.

« Ce lieu a vocation à être un endroit sûr pour tout le monde. Dans ce quartier, prendre soin les uns des autres est une évidence », explique Robert Rice, membre de la tribu ojibwée de la réserve de White Earth du Minnesota et propriétaire du Pow Wow Grounds Coffee, où a été fondé l’American Indian Movement (AIM) il y a un demi-siècle.

Le Pow Wow Grounds Coffee est un lieu historique de la lutte autochtone à Minneapolis. © Théo Quintard / Reporterre

Accolé à une galerie d’art transformée en point de collecte, ce café est devenu, comme d’autres commerces mobilisés, un centre de distribution de nourriture et de fournitures. Il soutient une communauté encore sous le choc après les morts de Renee Nicole Good et d’Alex Pretti, tués à moins de trois semaines d’intervalle par des agents fédéraux.

Soupes et cafés y sont distribués gratuitement, tandis que du matériel médical, des bonnets, des gants, des lunettes de protection ou encore des masques sont remis à celles et ceux en première ligne. « On fait ce qu’on peut, avec nos propres moyens », résume-t-il sobrement, la voix rauque, sous sa casquette Make America Native Again, en référence à Make America Great Again, le slogan de campagne de Donald Trump.

«  Dans ce quartier, prendre soin les uns des autres est une évidence  », dit Robert Rice. © Théo Quintard / Reporterre

Pour le peuple Dakota, une tribu autochtone des Grandes Plaines du Nord, l’omniprésence de l’ICE dans le Midwest ravive un passé douloureux. Camp de base des agents fédéraux, le Whipple Building est situé à proximité de Fort Snelling, un ancien fort militaire bâti sur un site ancestral et sacré, où des Dakota furent internés avant d’être expulsés du Minnesota au XIXᵉ siècle.

« Les lieux changent de nom, pas la logique : résister à l’ICE ici, c’est refuser que l’histoire se reproduise », affirme une manifestante Dakota, sous couvert d’anonymat. Selon plusieurs articles de presse, au moins cinq Amérindiens ont été interpellés par l’ICE, dont quatre membres de la tribu Oglala Sioux originaires du Dakota du Sud et un autre issu de la réserve de Red Lake, dans le Minnesota.

Le mémorial dédié à Alex Pretti, abattu par l’ICE, réunit chaque jour des centaines de personnes. © Théo Quintard / Reporterre

Des associations, dont l’American Civil Liberties Union (ACLU), ont déposé une action en justice contre le gouvernement fédéral, accusant les autorités fédérales de profilage racial, d’arrestations et de détentions sans mandat ou sans motif valable, ciblant souvent des latinos, des Somaliens et d’autres personnes non-blanches, y compris des citoyens étasuniens.

Depuis la mort de George Floyd en 2020 et la remise en cause du rôle de la police à Minneapolis, Kathryn Hoffman explique que le Minnesota Center for Environmental Advocacy (MCEA) assume un rôle de résistance civile et pédagogique, en servant de « passerelle auprès de [ses] donateurs pour montrer que les liens entre environnement et racisme concernent tout le monde ».

« Il faut montrer que ces enjeux dépassent la seule question migratoire et concernent tout le monde »

Une mobilisation que la directrice générale de cette organisation à but non-lucratif qualifiée de « passive mais structurée », mène à travers des webinaires et des discussions sur l’intersectionnalité et les communautés sacrifiées.

« Il faut montrer que ces enjeux dépassent la seule question migratoire et concernent tout le monde », poursuit-elle, expliquant que le MCEA a « utilisé [sa] voix pour appeler à une large mobilisation » lors d’un premier shutdown. Une deuxième « journée morte » est prévue ce vendredi 30 janvier.

L’héritage de la lutte anti-oléoduc

Pour de nombreux militants écologistes engagés contre l’ICE, la lutte contre le projet d’oléoduc Enbridge Line 3, menée dans le Minnesota entre 2020 et 2021, a fait figure de véritable école militante. Cette mobilisation massive des peuples autochtones et des défenseurs de l’environnement a forgé des réseaux solides, des pratiques de désobéissance civile non violente, une logistique éprouvée et des stratégies de communication, aujourd’hui réinvesties face à la police de l’immigration.

À l’époque déjà, les water protectors dénonçaient une mécanique qu’ils jugent désormais familière : l’imposition de projets industriels au mépris des terres sacrées, la criminalisation des opposants et une répression policière assumée. « Avec Line 3 comme avec l’ICE aujourd’hui, les acteurs changent, mais les méthodes restent », dit un militant engagé dans les deux combats, qui évoque une résistance plus préparée et plus durable, portée par « une génération déjà aguerrie ».

Les activistes ont défini de multiples pratiques de résistance pour lutter contre l’ICE. © Théo Quintard / Reporterre

Militants écologistes, ONG environnementales et organisations de justice environnementale s’allient aujourd’hui à un large éventail d’acteurs pour lutter contre ce que Kathryn Hoffman définit comme du « racisme environnemental »« La solidarité communautaire est l’un des meilleurs remparts contre les dérives autoritaires », insiste cette diplômée d’un master en politiques environnementales de l’université du Minnesota.

« Tout le monde ne se sentira pas à l’aise devant un bâtiment fédéral sous surveillance, poursuit-elle. Mais il existe mille autres façons d’agir : à l’école du quartier, dans une église, par le bénévolat ou le soutien financier. L’important, c’est que chacun trouve sa place et fasse quelque chose. »

Certains scientifiques et experts du climat ont, par exemple, choisi de mettre au service de leur communauté leurs compétences bien spécifiques. Loin des manifestations et des courses poursuites, ils compilent des tableurs de plaques d’immatriculation de véhicules de l’ICE, cartographient les enlèvements, identifient les zones à risque et contribuent à protéger les habitants les plus exposés.

«  Les scientifiques prennent leur part dans ce combat  », affirme Sarah Goodspeed, chargée de campagne pour la responsabilité climatique au sein de l’Union of Concerned Scientists. © Théo Quintard / Reporterre

« Les scientifiques prennent leur part dans ce combat : ils ont vu la science être mise à l’écart par l’autoritarisme, la désinformation flagrante, et ils ont eux-mêmes été victimes de violences en tant que membres de communautés ciblées », estime Sarah Goodspeed, chargée de campagne pour la responsabilité climatique au sein de l’Union of Concerned Scientists (UCS).

La lutte contre l’ICE et les combats environnementaux relèvent d’un même enjeu démocratique, s’accordent-ils au final : sans contrôle institutionnel ni transparence, ce sont toujours les mêmes communautés qui subissent à la fois la violence de l’État et les pollutions.


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