18 Mar 2026
Tired Earth
Par la rédaction
Par Amanda Larsson, Greenpeace
Actuellement, l’attaque contre l’Iran menée par les États-Unis et Israël a déclenché une crise majeure du transport maritime dans le détroit d’Ormuz. Au-delà des morts, des déplacements de population et des souffrances infligées par les frappes américano-israéliennes, vous entendez peut-être dire que cet « embouteillage maritime » serait la raison inévitable d’une nouvelle flambée des prix alimentaires.
Mais la crise provoquée par cette attaque, jugée illégale par ses détracteurs, met surtout en lumière une défaillance structurelle au cœur du système alimentaire mondial. Près de la moitié de la production alimentaire mondiale dépend aujourd’hui d’engrais de synthèse produits par un petit nombre de géants des énergies fossiles et de l’agrochimie. Dès que ces chaînes d’approvisionnement fragiles se rompent, ce sont les familles et les agriculteurs qui en paient le prix.
Alors que le coût humain du conflit ne cesse de s’alourdir, le choc géopolitique frappe les agriculteurs au moment clé de la saison d’épandage printanier dans une grande partie de l’hémisphère Nord. Les coûts de production augmentent, avec des répercussions directes sur les récoltes et, à terme, sur les prix des denrées alimentaires.
Un symptôme d’un problème systémique
Mais cela ne constitue qu’une diversion. Le ralentissement du transport maritime n’est que le symptôme d’un problème bien plus profond. Ce que nous observons aujourd’hui est le résultat d’un système alimentaire biaisé, fonctionnant exactement comme l’ont conçu les grandes entreprises agro-industrielles : protéger les profits tout en faisant peser le coût sur les consommateurs.
Voici pourquoi un choc géopolitique lointain peut renchérir votre alimentation — et pourquoi il devient urgent de transformer ce système.
Des combustibles fossiles transformés en nourriture
Au cœur de la crise actuelle se trouve une réalité que l’industrie agrochimique préfère taire : notre système alimentaire mondial est dangereusement dépendant des engrais chimiques, qui ne sont en réalité que des combustibles fossiles transformés pour l’agriculture.
Les géants des énergies fossiles et de l’agro-industrie utilisent d’énormes quantités d’énergie pour convertir le gaz naturel et le pétrole en azote de synthèse. Ces produits sont ensuite transportés à travers le monde à bord de gigantesques navires, dépendant fortement de points de passage vulnérables comme le détroit d’Ormuz, aujourd’hui perturbé par le conflit.
Ce n’est pas un simple accident. C’est un modèle délibérément construit par les grandes entreprises du secteur. Le système agricole industrialisé, fondé sur la monoculture, épuise les sols et réduit la biodiversité, forçant les agriculteurs à dépendre d’engrais issus des énergies fossiles, tandis que les multinationales engrangent les profits.
Aujourd’hui, en pleine saison des semis dans l’hémisphère Nord, cette chaîne d’approvisionnement s’est rompue.
Les agriculteurs se retrouvent piégés dans un marché mondial instable qu’ils ne contrôlent pas. Ils doivent faire face à des choix difficiles : payer des engrais à des prix exorbitants, réduire les quantités utilisées ou changer de cultures. Dans tous les cas, le résultat est le même : une baisse probable de la production agricole.
Les conséquences se répercutent ensuite sur l’ensemble de la chaîne alimentaire mondiale et, in fine, sur les prix à la consommation, faisant une fois de plus payer les ménages pour les excès du système.
Produire de l’alimentation animale plutôt que nourrir les humains
Pour aggraver la situation, la majorité de ces intrants chimiques coûteux n’est même pas utilisée pour produire de la nourriture destinée directement aux humains. Elle sert principalement à cultiver des aliments pour l’élevage industriel.
L’ampleur insoutenable de la production mondiale de viande et de produits laitiers accentue cette fragilité. Si les systèmes agricoles évoluaient vers une production végétale destinée directement à la consommation humaine, la dépendance à ces chaînes d’approvisionnement vulnérables serait considérablement réduite.
La sortie de crise : l’agriculture écologique
Il existe pourtant une alternative : l’agriculture écologique. Elle constitue la seule voie crédible vers la souveraineté alimentaire, l’indépendance et la résilience locale.
Au lieu d’acheter des intrants chimiques coûteux produits à l’autre bout du monde, les agriculteurs peuvent travailler avec les écosystèmes naturels. En diversifiant les cultures, certaines plantes permettent de fixer naturellement les nutriments dans le sol, rompant ainsi le cycle de dépendance chimique.
Ce modèle présente plusieurs avantages majeurs :
Construire un avenir alimentaire plus sûr
La véritable sécurité alimentaire ne peut pas être importée sous forme d’intrants chimiques. Elle se construit localement, à partir de sols vivants et de communautés résilientes.
Mais pour y parvenir, il est nécessaire de contraindre les gouvernements à cesser de soutenir ce modèle fragile au service de quelques grandes fortunes. Aujourd’hui, des milliards d’euros de subventions publiques continuent d’alimenter l’agriculture industrielle et les engrais chimiques. Ces ressources doivent être réorientées.
La crise dans le détroit d’Ormuz constitue un avertissement clair. Elle révèle les failles profondes du système actuel et l’urgence de bâtir un modèle alimentaire plus juste, durable et résilient.
Photo : Dans le cadre de la présentation de son modèle alimentaire durable, Greenpeace apporte des caisses vides représentant agriculteurs, éleveurs et pêcheurs devant le ministère de l’Agriculture, afin de dénoncer le caractère non durable du système agroalimentaire espagnol. © Pablo Blázquez / Greenpeace
Source : Greenpeace
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