24 Jun 2026
Malec Paoli-Devictor
Analyste environnemental et journaliste
La Coupe du Monde de la FIFA 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, se présente comme le tournoi le plus massif de l'histoire du football. Pourtant, sous les projecteurs des stades, cette édition incarne également une course effrénée au gigantisme visuel, souvent au détriment direct de l'environnement.
Pour la Coupe du monde 2026, la FIFA a introduit une nouvelle cérémonie d'avant-match dite « à 360 degrés ». L'objectif affiché est de rendre l'expérience plus immersive pour les spectateurs présents dans le stade.
Avant le coup d'envoi, les joueurs titulaires et remplaçants se rassemblent désormais autour du rond central pour les hymnes nationaux, tandis que d'immenses drapeaux nationaux et bannières sont déployés sur la pelouse par des dizaines de bénévoles.
Selon la FIFA, cette mise en scène vise à « renforcer le lien entre les joueurs et les supporters » grâce à des bannières géantes aux couleurs des nations représentées et à différents éléments visuels répartis sur le terrain.
Ces drapeaux géants impressionnent par leur taille.
D'après une enquête publiée par AS USA, les bannières nationales utilisées lors de la Coupe du monde 2026 couvrent une très grande partie du terrain. Elles sont fabriquées par des entreprises spécialisées dans l'événementiel grand format, imprimées en plusieurs sections puis assemblées avant d'être transportées et testées.
L'article précise également qu'il ne s'agit généralement pas de coton mais de matériaux synthétiques utilisés pour leur légèreté, leur résistance et leur facilité de manipulation, notamment du polyester ou du nylon.
Ces textiles sont ensuite pliés, déplacés entre les stades, déployés, repliés et manipulés à répétition durant toute la compétition.
Le choix de textiles synthétiques soulève plusieurs questions environnementales.
Selon les analyses consacrées à l'impact environnemental des fibres textiles, le polyester et le nylon sont issus de ressources fossiles. Leur fabrication nécessite de l'énergie et génère des émissions de gaz à effet de serre.
Au-delà de leur production, ces matières contribuent également à la pollution plastique lorsqu'elles se dégradent ou libèrent des microfibres.
Fibres synthétiques

Biodégradabilité des fibres synthétiques : échantillons de polyester, d'acrylique, de nylon et de Lycra étiquetés et enterrés pendant 1 an entre 2018 et 2019.
Fibres naturelles

Biodégradabilité des fibres naturelles : échantillons de coton, de lin, de soie, de bambou, de cuir et de laine étiquetés et enterrés pendant 1 an entre 2018 et 2019.
Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) rappelle que les fibres synthétiques constituent aujourd'hui une source importante de microplastiques retrouvés dans les milieux aquatiques.
La FIFA communique largement sur l'aspect spectaculaire de ces cérémonies.
En revanche, les informations publiques restent limitées concernant :
Cette absence de données rend difficile toute évaluation indépendante de l'empreinte environnementale du dispositif.
L'utilisation de gigantesques pièces de tissu n'est pas seulement une question environnementale.
Le déploiement et le repliage de ces bannières mobilisent parfois plusieurs dizaines de personnes. Selon AS USA, les équipes d'organisation doivent effectuer des répétitions afin de gérer les contraintes liées au poids du tissu et aux conditions météorologiques.
Un incident survenu lors d'une répétition de cérémonie avant-match entre la Tchéquie et la Corée du Sud illustre ces difficultés. Un bénévole a glissé puis s'est retrouvé momentanément coincé sous un drapeau géant en cours de repliage avant d'être secouru par d'autres participants.
La question posée par les drapeaux géants dépasse le football.
D'un côté, la FIFA présente ces immenses bannières comme un symbole d'unité, d'émotion et d'immersion pour les supporters.
De l'autre, leur fabrication, leur transport, leur manipulation et leur éventuelle fin de vie s'inscrivent dans une logique de consommation de ressources dont le coût environnemental reste largement invisible pour le public.
À l'heure où la réduction des déchets et la sobriété matérielle deviennent des enjeux majeurs, il est légitime de s'interroger : faut-il réellement produire et déplacer des milliers de mètres carrés de textile synthétique pour quelques minutes de spectacle avant un match de football ?
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