19 Mar 2026
Tired Earth
Par la rédaction
Le changement climatique peut aussi nourrir, indirectement, les violences. En cause, des tensions sur l’agriculture et l’exploitation des ressources minières requise pour la transition énergétique, notamment. De quoi mieux comprendre les risques de conflit armés dans le monde.
Les événements météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents et intenses. Ces chocs climatiques ne se contentent pas de perturber les écosystèmes : ils redessinent les dynamiques sociales, économiques et politiques à l’échelle mondiale. En parallèle, la transition vers une économie sobre en carbone, bien que nécessaire, engendre une demande sans précédent en ressources minières, comme le lithium ou les terres rares. Celles-ci sont souvent extraites dans des régions déjà fragilisées par des tensions sociales ou des conflits armés.
Le cas du conflit entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, par exemple, dans lequel chacun accuse l’autre d’armer des groupes rebelles, arbitré finalement par les États-Unis, constitue un cas emblématique. Ce sont des terres riches en cobalt et en cuivre, marquées par des sécheresses de plus en plus prolongées et des pluies de plus en plus abondantes, sur lesquelles les populations vivent majoritairement encore de l’agriculture.
Depuis les années 2010, les économistes s’intéressent de plus en plus aux liens complexes entre toutes ces composantes : changement climatique, exploitation des ressources naturelles et risque de conflits. Aujourd’hui, nous disposons de résultats robustes, même si des zones d’ombre persistent, et de pistes concrètes pour guider l’action des décideurs publics.
L’agriculture au cœur des conflits
C’est d’abord par le truchement de l’agriculture que le mécanisme a pu être mis en évidence. Sécheresses, vagues de chaleur et inondations augmentent systématiquement la probabilité que des violences surviennent ainsi que leur intensité, en particulier dans les régions où les moyens de subsistance dépendent de l’agriculture pluviale – autrement dit directement des pluies.
Cela se joue à travers plusieurs leviers :
La causalité peut cependant aussi fonctionner dans l’autre sens. En effet, les conflits dégradent souvent l’environnement : exploitation minière illégale, expansion de cultures illégales pour produire des drogues (par exemple, le pavot ou la coca), déforestation, destruction des infrastructures, pollution des rivières…
Des cercles vicieux se mettent en place, dans lesquels la détérioration environnementale et la violence s’entretiennent mutuellement.
Quand la transition verte exacerbe les violences
Si les chocs climatiques redéfinissent ainsi les opportunités localement, les hausses du cours des ressources naturelles augmentent les enjeux des conflits. Les hausses des prix du pétrole et des métaux ont souvent intensifié les violences dans les zones de production, en particulier lorsque l’extraction est intensive en capital et que les ressources peuvent être pillées. La transition verte risque d’exacerber ces dynamiques.
La demande en « minéraux de la transition » (aussi appelés « minerais critiques ») augmente rapidement, menaçant d’amplifier cette forme de rapacité dans certaines régions, tandis que les revenus des énergies fossiles diminuent ailleurs.
Les mécanismes précis par lesquels l’activité minière déclenche des conflits dépendent également du type d’exploitation. Dans le cas d’une exploitation minière artisanale, l’emploi de la population locale joue un rôle bien plus important que dans une exploitation industrielle. En outre, la pollution due à l’extraction de ces minéraux – en particulier la contamination de l’eau – peut aussi réduire les rendements agricoles bien au-delà des sites miniers. Des moyens de subsistance sont ainsi perdus, ce qui alimente doublement les risques de conflit.
Les facteurs de risque, ainsi, se chevauchent souvent. Les régions sujettes à la sécheresse se trouvent fréquemment au-dessus de gisements minéraux. Les risques climatiques et les risques liés aux ressources pourraient s’aggraver mutuellement pour déclencher des violences, bien que ces complémentarités soient encore mal comprises.
Comment atténuer les risques ?
Quelles politiques publiques pourraient donc atténuer les risques de conflit ? Grâce à des évaluations rigoureuses, nous avons identifié des dispositifs qui pourraient s’avérer les plus efficaces. Les assurances individuelles et la protection sociale, tout d’abord, peuvent briser le lien entre sécheresses et recrutement par les groupes armés.
Mais leur bonne conception est cruciale : une assurance qui stabilise les revenus lors des mauvaises années peut involontairement encourager la prédation lors des meilleures récoltes. Cela requiert donc une conception minutieuse des contrats et des mécanismes de suivi crédibles.
L’irrigation, le choix de semis résistants à la sécheresse et le développement de liaisons de transport peuvent également atténuer les chocs météorologiques locaux et réduire les risques de famine. Routes et marchés peuvent néanmoins aussi aider les groupes armés à taxer le commerce ou à déplacer des marchandises de contrebande. Les choix d’infrastructures devraient donc être accompagnés de renforcements de la gouvernance.
Même avec ces protections, certains chocs nécessiteront toujours une aide humanitaire rapide. Son ciblage et le timing de son déploiement sont cruciaux. Les preuves sont mitigées sur le fait de savoir si elle atténue ou aggrave la violence, soulignant le besoin de systèmes d’alerte précoce et d’évaluation des modèles de distribution.
Réguler l’extraction des minerais et partager les bénéfices de manière crédible paraît également essentiel. La transparence et la certification peuvent réduire le financement des groupes armés dans certains contextes : caractère industriel ou artisanal de l’exploitation, proximité de frontières ou capacité de l’État, par exemple. Les mesures complémentaires comptent aussi : le partage local des revenus, les campagnes d’information qui fixent des attentes réalistes et la gestion décentralisée de l’eau et des forêts peuvent amplifier les effets positifs d’une régulation bien conçue et réduire les possibilités de capture politique.
Deux précisions s’imposent à ce stade.
Source : theconversation.com
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