03 May 2026
Tired Earth
Par la rédaction
Le sommet de Santa Marta, en Colombie, sur la sortie des énergies fossiles s’est achevé le 29 avril. Un événement inédit et porteur « d’espoir » pour Fanny Petitbon, responsable France de l’ONG 350.org.
À gauche, la ministre colombienne de l'Environnement, Irene Vélez Torres, et la ministre néerlandaise du Climat et de la Croissance verte, Stientje van Veldhoven, lors du sommet de Santa Marta, le 29 avril 2026. - © Raul Arboleda / AFP
Le sommet de Santa Marta, en Colombie, fera-t-il figure de tournant dans la lutte pour la sortie des énergies fossiles, soit le secteur contribuant le plus au réchauffement climatique dans le monde ? Cette réunion diplomatique internationale, qui a réuni du 24 au 29 avril une cinquantaine de pays (dont la France) désireux d’avancer sur le sujet et des organisations de la société civile, a en tout cas marqué par son caractère inédit.
Durant ces six jours, organisés à l’initiative de la Colombie et des Pays-Bas, il n’a pas été question comme bien souvent de débattre de l’opportunité éventuelle de sortir des hydrocarbures, mais plutôt d’acter la nécessité de mettre en place un tel processus. Et, a fortiori, de réfléchir à des solutions concrètes pour ce faire, loin des discussions souvent inopérantes des différentes COP, où toute décision est adoptée par consensus par les 195 pays participants.
« Un sentiment d’urgence, mais aussi d’espoir, est en train de naître : avec ce sommet, on voit que l’on n’est pas forcés de rester otages de la situation de chantage et d’asphyxie économique et géopolitique dans laquelle nous sommes. Et, aussi, que l’on peut redéfinir les règles du jeu ensemble », dit Fanny Petitbon, responsable France de l’ONG 350.org, faisant référence aux blocages réguliers venant des pays produisant des hydrocarbures.
Les États-Unis, l’Inde, la Chine, la Russie et les pays du Golfe, producteurs de pétrole, n’étaient ainsi pas invités à Santa Marta, la ministre colombienne de l’Environnement, Irene Vélez Torres, ayant affirmé mi-avril dans The Guardian que l’événement « n’accepter[ait] ni les boycotteurs, ni les climatosceptiques à la table des négociations ».
« Ni boycotteurs ni climatosceptiques à la table des négociations »
« L’enjeu de ce sommet n’était pas qu’il y ait de nouveaux engagements, mais de créer un espace permettant d’avoir un dialogue franc sur ce qui nous bloque pour sortir de notre dépendance au pétrole, au gaz et au charbon », ajoute Fanny Petitbon, arguant que ce type de réunion, « complémentaire des COP », permet d’éviter les « prises de parole très formatées et des négociations à la virgule près ».
Trois conclusions principales ont ainsi émergé des échanges, d’après la représentante de 350.org. D’abord, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient et de flambée du prix des carburants, le fait que la sortie des énergies fossiles est à la fois un impératif climatique mais aussi économique. « De nombreux pays se rendent compte que leur dépendance aux hydrocarbures les expose à des risques économiques structurels, et que le fait d’en sortir leur permettra de réduire les coûts de l’énergie et de protéger leurs citoyens de chocs futurs », explique-t-elle.
Deuxième consensus : la nécessité d’investir massivement dans les énergies renouvelables — en réfléchissant à une transition socialement juste — et de trouver des moyens de la financer. « La question de la taxation des entreprises pétrolières a ainsi été au cœur des discussions », note Fanny Petitbon, avant d’exposer le troisième point d’accord : celui de développer davantage la coopération et la solidarité internationales sur cette question.
« Il ne faut pas que ce sommet soit vu comme un événement isolé, mais qu’il y ait un processus de suivi dans les prochains mois, que ce soit dans les négociations climat, lors de la COP31 fin 2026 ou lors de la conférence internationale prévue à Tuvalu en 2027 », indique-t-elle, évoquant le bien-fondé de poursuivre cette « dynamique très positive ».
Et la France dans tout ça ?
Le document a été dévoilé en grande pompe au sommet de Santa Marta : mardi 28 avril, la France a présenté sa « feuille de route pour une sortie progressive des énergies fossiles ». Celle-ci prévoit que le pays sorte du charbon d’ici 2030, du pétrole d’ici 2045 et du gaz d’ici 2050. Pourtant, rien de bien nouveau sous le soleil : l’État français avait déjà mis en avant ces mêmes objectifs en décembre 2025 dans le cadre de la publication de sa troisième Stratégie nationale bas carbone.
Un projet qualifié « d’ambitieux » par le Haut Conseil pour le climat en mars, qui soulignait malgré tout la nécessité « d’expliciter une feuille de route précise avec les modalités pour chaque secteur ». « Celle mise en avant à Santa Marta n’est toujours pas très claire sur les moyens de financer cette transition, mais c’est tout de même important pour créer un effet d’entraînement », pointe Fanny Petitbon, estimant que « si le gouvernement est sérieux dans sa volonté de sortir durablement des énergies fossiles, il ne peut faire l’impasse sur la taxation des entreprises du secteur ».
Alors que jusqu’ici, l’exécutif français se refusait à taxer les superprofits de TotalEnergies, dont le bénéfice net de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre 2026 a augmenté de 50 % en un an dans le contexte de guerre au Moyen-Orient, le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé mercredi 29 avril dans une formule floue que « s’il y a des résultats exceptionnels, cela pose la question d’une redistribution ».
Source : reporterre.net
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