Droits de l'homme

06 Apr 2026

Le monde face à un pervers narcissique qui joue avec les crimes de guerre

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Sarah Rahman

Activiste

Seul un containment international ferme, judiciaire et diplomatique, peut empêcher qu’un « enfant de 79 ans » ne transforme une guerre en catastrophe humanitaire régionale. L’Histoire jugera le silence de ceux qui, aujourd’hui, ferment les yeux.

Dans un conflit qui a débuté le 28 février 2026, les frappes conjointes américano-israéliennes sous l’administration Trump ont visé non seulement des cibles militaires présumées, mais aussi des infrastructures civiles essentielles en Iran. Cet article examine, de manière critique et analytique, les allégations de violations systématiques du droit international humanitaire (DIH), des Conventions de Genève, des Protocoles additionnels et du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI). Chaque section compare les faits rapportés aux normes juridiques, en évaluant s’il s’agit de crimes de guerre (attaques indiscriminées, disproportionnées ou contre des biens protégés) ou de crimes contre l’humanité (attaque généralisée et systématique contre une population civile).

Les attaques contre plus de 300 centres médicaux et la destruction totale de 12 hôpitaux

Selon le Croissant-Rouge iranien et l’OMS, plus de 307 installations de santé ont été endommagées, dont au moins 20 attaques vérifiées depuis mars 2026, causant des morts parmi le personnel médical. Des hôpitaux comme le Delaram Sina Psychiatric Hospital et des sites pharmaceutiques ont été rendus inopérants. Le droit international protège strictement les hôpitaux et le personnel médical (Convention de Genève IV, art. 18 ; Protocole additionnel I, art. 12 et 52). Une attaque n’est licite que si l’établissement est utilisé à des fins militaires hostiles et après avertissement. Or, aucune preuve publique n’a été fournie par Washington ou Tel-Aviv d’une telle utilisation systématique. Ces frappes, souvent indiscriminées en zones urbaines, constituent des violations graves du DIH et, par leur ampleur, un crime de guerre potentiel. L’OMS a qualifié ces actes d’« attaques sur les soins de santé », menaçant la survie civile.

Le ciblage des sociétés Mobin et Damavand à Assaluyeh

Ces entreprises fournissaient électricité, eau et oxygène aux complexes pétrochimiques d’Assaluyeh (South Pars), poumon économique iranien. Des frappes ont touché ces infrastructures vitales, causant des pannes massives. Le Protocole additionnel I (art. 52 et 54) interdit les attaques sur les biens indispensables à la survie de la population civile (eau, électricité) sauf si elles servent directement à un objectif militaire et que les dommages collatéraux ne sont pas excessifs. Même en cas d’usage dual (civil/militaire), le principe de proportionnalité s’applique. Cibler des utilities civiles pour asphyxier l’économie iranienne relève d’une stratégie de guerre économique qui, si intentionnelle et généralisée, s’apparente à un crime de guerre. Les conséquences humanitaires – pénuries d’eau et d’énergie pour des millions de civils – dépassent tout gain militaire légitime.

La destruction du Centre informatique de l’Université de technologie Sharif et l’inaccessibilité des systèmes universitaires

Le bâtiment du Centre informatique de Sharif University of Technology a été lourdement endommagé lors de frappes récentes, rendant inaccessibles les systèmes et sites universitaires. Le DIH (Protocole additionnel I, art. 52) considère les universités comme biens civils protégés, sauf preuve d’usage militaire direct. Israël et les États-Unis ont invoqué des liens avec des programmes militaires ou nucléaires, mais la destruction d’un centre informatique civil et l’impact sur l’ensemble du réseau universitaire suggèrent une attaque disproportionnée. Le Statut de Rome (art. 8) qualifie d’attaque illégale la destruction d’installations éducatives non justifiée. Cela s’inscrit dans un schéma plus large d’atteinte à la capacité scientifique iranienne.

L’invasion de 30 universités iraniennes

Le ministre iranien de la Science a confirmé que des parties d’au moins 30 universités ont été impactées par les frappes. Le droit international protège les établissements d’enseignement (Protocole additionnel I, art. 52 ; coutume DIH). Le Statut de Rome classe comme crime de guerre les attaques contre des biens culturels ou éducatifs. Cette campagne systématique contre l’enseignement supérieur iranien évoque une volonté de « ramener l’Iran à l’âge de pierre », selon les propres termes de Trump, dépassant les nécessités militaires.


Le ministre iranien de la Science, de la Recherche et de la Technologie, Hossein Simaï Sarraf, visite l'université Shahid Beheshti, cible d'une frappe aérienne américano-israélienne.

Les attaques contre 83 000 logements et commerces à travers l’Iran

Les rapports du Croissant-Rouge font état de plus de 90 000 unités civiles endommagées, dont des dizaines de milliers de logements et commerces (chiffres proches des 83 000 cités). Le Protocole additionnel I (art. 51 et 52) interdit les attaques indiscriminées et les dommages excessifs aux biens civils. Une telle échelle – frappes sur des quartiers résidentiels – indique une stratégie de pression sur la population civile, potentiellement constitutive d’un crime contre l’humanité si elle est « généralisée ou systématique » et dirigée contre des civils (Statut de Rome, art. 7). Le bilan civil (plus de 2 000 morts selon Téhéran) renforce cette qualification.

Trump est véritablement fou : la guerre ne se déroule pas comme prévu, les dirigeants mondiaux doivent le contenir

Trump a multiplié les déclarations belliqueuses (« bomb Iran back to the Stone Age », ultimatums sur le détroit d’Ormuz). La guerre, entamée pour « détruire » le programme nucléaire iranien, s’est enlisée : objectifs partiellement atteints, mais coûts humains et économiques exorbitants, avec des ripostes iraniennes sur des bases US et alliées. Cette imprévisibilité – menaces nucléaires implicites et escalade malgré des négociations – évoque un leadership erratique. Le droit international n’autorise pas la guerre d’agression (Charte ONU, art. 2(4)). Les dirigeants européens et mondiaux ont un devoir moral et juridique de « containment » via la diplomatie ou l’ONU pour prévenir une catastrophe régionale, avant que Trump n’exécute ses menaces ultimes.

 

Lire aussi : Anatomie d'une barbarie programmée

 

Pourquoi Trump s’en prend-il aux universités, hôpitaux et à l’Institut Pasteur ? Le silence assourdissant de l’Europe face aux crimes de guerre

L’Institut Pasteur de Téhéran, centre historique de recherche médicale centenaire, a été lourdement endommagé, comme d’autres sites de production de vaccins et médicaments. Ces cibles – éducation, santé, recherche – ne sont pas purement militaires. Elles visent à briser la résilience sociétale iranienne, selon une doctrine de « guerre totale » contre les infrastructures. Le Statut de Rome réprime ces actes comme crimes de guerre. L’Europe, pourtant prompte à condamner d’autres violations (Ukraine, Gaza), reste muette : alliances OTAN, dépendance énergétique et peur d’une escalade l’emportent sur le droit. Ce silence complice affaiblit le DIH universel et encourage l’impunité. La CPI doit enquêter ; les dirigeants européens, en s’abstenant, trahissent leurs propres valeurs et le devoir de protéger les civils.

Ce conflit révèle une dérive dangereuse : d’une opération ciblée vers une campagne de destruction systématique des fondements de la société iranienne. Les faits accumulés – hôpitaux, universités, centrales nucléaires, logements – dessinent un tableau de violations graves du DIH. Seul un containment international ferme, judiciaire et diplomatique, peut empêcher qu’un « enfant de 79 ans » ne transforme une guerre en catastrophe humanitaire régionale. L’Histoire jugera le silence de ceux qui, aujourd’hui, ferment les yeux.


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