04 Apr 2026
Sarah Rahman
Activiste
C'est là le visage d'une barbarie moderne qui, sous couvert de réalisme géopolitique, piétine les fondements mêmes de l'humanité.
La ville de Zanjan. L’image témoigne de la violence de la frappe ayant ciblé le complexe du Grand Husseiniyeh. Outre l'effondrement des structures administratives, médicales et de la bibliothèque, le souffle de l'explosion a lourdement impacté les habitations civiles limitrophes. Le bilan humain fait état de trois morts et douze blessés.
Le tweet de Laura Loomer, activiste politique américaine d’extrême droite, ne se contente pas d'appeler à une escalade militaire ; il dresse méthodiquement la liste d'un programme d'anéantissement total d'une nation. En invoquant l'héritage de Curtis LeMay — général partisan des bombardements incendiaires massifs durant la Seconde Guerre mondiale — ce discours marque une rupture brutale avec l'illusion d'une « guerre propre » et révèle une soif de barbarie décomplexée :
« Si nous voulons vraiment être pris au sérieux lorsque nous parlons de renvoyer l’Iran « à l’âge de pierre », alors voici ce qui doit se passer.Les États-Unis doivent bombarder en Iran :Les infrastructures d’électricité et d’eau
Les banques et institutions financières
Les installations de production et de stockage d’engrais et de pesticides
Tous les sites du « patrimoine culturel » islamiste/du régime, y compris chaque mosquée sans exception
Les pipelines de gaz naturel et de pétrole
L’île de Kharg
Les hubs logistiques civils
Les tribunaux et les prisons
Tout cela doit être frappé.Nous devons priver l’Iran de tous les conforts d’une société moderne, et nous devons le faire maintenant.Ensuite, nous devons faire en sorte que la population se mette à genoux pour mendier une aide humanitaire alimentaire auprès de la Croix-Rouge internationale, afin que le peuple contraigne l’Iran à se rendre aux États-Unis.C’est comme cela qu’on GAGNE les guerres. Curtis LeMay l’avait très bien compris.Il est temps de pilonner l’Iran sous un tapis de bombes.Les forcer à genoux.Détruire les infrastructures. C’est la seule façon. »
If we really want to be taken seriously when we talk about sending Iran “back to the stone ages” then this is what needs to happen.
— Laura Loomer (@LauraLoomer) April 3, 2026
The US needs to bomb Iran’s:
Power & water infrastructure
Bank and financial institutions
Production/storage facilities for fertilizer and… pic.twitter.com/pLjUaolXKB
Le tweet détaille une liste de cibles qui, selon les normes internationales, constituent le socle de la survie d'une population civile. En ciblant explicitement les infrastructures d'eau, d'électricité et de production alimentaire (engrais), l'autrice appelle à la création d'une catastrophe humanitaire artificielle.
1. Violation du Droit International Humanitaire (DIH)
Le droit de la guerre, codifié par les Conventions de Genève, repose sur le principe de distinction entre combattants et civils.
Infrastructures civiles : Bombarder des centrales électriques et des réseaux d'eau est strictement interdit par le Protocole additionnel I (1977), car cela prive la population de biens indispensables à sa survie.
Sites culturels et religieux : L'appel à détruire « chaque mosquée » et les sites du patrimoine culturel contrevient à la Convention de La Haye de 1954. Ces actes sont qualifiés de crimes de guerre et, dans certains contextes, de nettoyage culturel.
2. L'arme de la faim comme stratégie
L'affirmation selon laquelle il faut forcer un peuple à « mendier à genoux l'aide humanitaire » est une apologie de l'utilisation de la famine comme méthode de guerre. Cette pratique est formellement interdite par l'article 54 du Protocole additionnel I.
Le Double Standard de la « Démocratie Occidentale »
L'aspect le plus frappant de cette rhétorique est le silence, ou la complaisance relative, des instances qui se portent habituellement garantes des droits humains.
Le miroir ukrainien
L'exercice de pensée est nécessaire : si un journaliste ou une figure d'influence russe publiait exactement le même texte à propos de l'Ukraine — appelant à détruire chaque église orthodoxe, chaque canalisation d'eau et à faire ramper les Ukrainiens devant la Croix-Rouge — le tollé international serait immédiat et massif. Les instances européennes crieraient, à juste titre, au génocide et à la barbarie.
Pourtant, lorsqu'une telle violence est dirigée contre une nation du Moyen-Orient par une voix influente de la droite américaine, la réaction des chancelleries européennes est souvent feutrée. Cette asymétrie d'indignation fragilise la crédibilité des valeurs universelles prônées par l'Occident.
La critique de l'Europe
L'Europe, qui se veut le « compas moral » du monde, se retrouve souvent piégée par ses alliances. En ne condamnant pas avec la plus grande fermeté ce type de discours radical venant de ses alliés, elle alimente l'idée d'une géométrie variable des droits de l'homme : certains peuples mériteraient la protection du droit international, tandis que d'autres pourraient être renvoyés à « l'âge de pierre » sans que cela ne choque la conscience collective.
Conclusion : Un retour à la sauvagerie ?
Invoquer Curtis LeMay (général américain connu pour ses bombardements massifs durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée) pour justifier une telle politique en 2024 est un aveu de régression. Le droit international a précisément été construit pour empêcher que la fureur des hommes ne conduise à nouveau à de telles extrémités.
Ce tweet ne décrit pas une stratégie militaire moderne ; il décrit une forme de nihilisme politique. En prônant la destruction des « agréments de la société moderne », on ne cherche pas la victoire politique, mais l'effacement d'une civilisation. C'est là le visage d'une barbarie moderne qui, sous couvert de réalisme géopolitique, piétine les fondements mêmes de l'humanité.
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